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 De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]

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MessageSujet: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Ven 14 Juin - 11:07

C'est avec une migraine sourde et en battant paresseusement des paupières que j'émergeais sur le sol dur et froid d'une cellule. Je ne me redressais pas immédiatement, essayant de faire le point. Qu'avais-je pu bien faire pour me retrouver dans cette situation ? Encore une fois. Je levais ma main pour la poser sur mon crâne, à travers le fouillis que devait être ma chevelure je sentie une vilaine bosse. Mon poignet était bleuis, et ma main portaient quelques égratignures. Je m'étais débattue, battue peut être ? Je me redressais pour m'assoir, les jambes étendues devant moi sous la loque qu'était devenue ma robe. Je m'adossais contre la pierre, les yeux fermés pour mieux réfléchir. Je n'étais pas inquiète outre mesure, je ne restais jamais bien longtemps ici. Mais je ne me réveillais jamais en si piteuse état. La veille nous fêtions une naissance, le son des guitares, le crépitement du feu, les rires, l'alcool coulait à flot, et tout le monde avait apporté de quoi manger. Une rafle.

Je me souviens maintenant, depuis les nouveaux décrets du roi, les cognes s'en donnaient à cœur joie ! L'alcool aidant la situation avait dégénéra, avant qu'on ne décide d'un commun accord, d'une dispersion. Mais ils me connaissaient bien, ça fait tellement longtemps qu'ils veulent me mettre en cage, que l'un m'a attrapé par les cheveux alors que je m'enfuyais tandis que l'autre m'acheva d'un coup de matraque. Je n'ai pas d'autre souvenir, que de voir les silhouettes fuyantes de mes compagnons. Je ne leur en veut pas de m'avoir abandonné à mon sort, contrairement à eux, j'ai une chance de m'en sortir. Devant la grille de ma cellule, un argousin, me tournait le dos. Un rictus se forma sur mes lèvres alors que je l'interpellais.

« J'ai soif. »

Il ne se retourna pas, pas même un frémissement. Je m'y attendais, mais je m'ennuyais déjà, et en attendant ma porte de sortie, il me fallait bien m'occuper. Je me redressais, tant bien que mal, en réalisant qu'en plus de ma soif, j'étais affamée, et la nuit sur le sol, m'avait laissé des courbatures. Je glissais mes doigts autour des barreaux, et jetais un œil à son profil. Il arborait l'air revêche de ceux qui se pensent en mission, gardé ma geôle devait signifier quelque chose de particulier. Il tenait dans ses mains une matraque, qu'il abattait à intervalle régulier dans sa paume, tel un métronome qui se voudrait menaçant.

« J'te cause, m'dis pas qu't'es sourd. »

Il carra la mâchoire, mais gardait les yeux obstinément fixés devant lui. Je soupirais et appuyait mon visage contre le métal de la grille. Qu'est ce que je pouvais haïr les argousins, les cognes et tout ce qui portait un uniforme et s'imaginait que ça lui donnait plus de droit qu'aux autres. A quelques mètres, il y avait un pichet d'eau qui me narguait. D'une voix de petite fille capricieuse, je repris.

« Allez, juste un... »
« Tait toi serpent ! »
« T'es donc pas sourd. »

Il se retourna vivement, et frappa d'un coup de matraque la grille, je retirais mes doigts juste à temps pour leur éviter un triste sort. Nous nous affrontâmes du regard quelques secondes. Le sien était hargneux, et un instant je cru qu'il allait ouvrir la grille, simplement pour le plaisir de m'en coller une. Mais à la place il redonna un coup contre le métal. Je ne reculais pas plus, et me contentais de le toiser un sourire moqueur aux lèvres et les bras croisés. Je finis par lui tourner le dos, alors il reprit d'une voix acide.

« D'ici demain on te transfère à la bastille, tu feras moins la maligne, garce. »
« Mais je serai dehors d'ici demain. »

« Tu l'as vu dans ta boule de cristal ? »

Un rire sans joie lui échappa. J'y fis échos, et le sien mourut dans sa gorge lorsque le son grinçant de la lourde porte du bout du couloir se fit entendre. Nous nous retournâmes en même temps, il me cachait la vue, mais j'étais certaine à la façon dont il avait carré les épaules, que c'était ma liberté qui avançait vers lui.
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Ezel Olven
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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Sam 15 Juin - 19:52

La rafle de ce 6 novembre avait fait le tour de Paris. On parlait de belles prises au quatre coins de la capitale. Les policiers s'en vantaient à la taverne, y allant de bon cœur sur les détails de ce «coup de maître ». Des diseuses de bonne aventure, de la racaille gitane, des envahisseurs qui pompaient l'air sain de Paris pour le recracher en  pourriture... On avait enfermé tout ce petit monde au commissariat en attendant les transferts à la Bastille. Et comme si cela ne suffisait pas, on avait laissé les cadavres de ceux qui s'étaient trop défendus sur le pavé, pour l'exemple, pour rappeler qui faisait la loi à Paris. Ceux qui avaient pu s'échapper avaient dû enterrer les cadavres de leurs compagnons eux-même... des hommes, des femmes et parfois même des enfants selon ce que l'on racontait. On ne reculait devant rien pour éviter la propagation des sans-papiers.

Il était difficile de vouloir jeter la pierre à un peuple que la société parisienne voulait marginaliser. Ce n'était pas tous des enfants de cœur mais méritaient-ils le déchaînement de violence que décrivaient les différents commentaires qui se croisaient, se recoupaient, se complétaient. En quelques tours de tavernes, en quelques échanges clandestins avec les rescapés, avec les témoins, Ezel connaissait dorénavant les 90% de l'histoire et elle ne faisait pas vraiment honneur aux forces de police. Les hommes s'étaient abattus en surnombre sur un peuple festif. Le lendemain matin, les bas-quartiers étaient devenus incroyablement calme même si les murs témoignaient encore d'une révolte grondante. Le quotidien avait été tranché dans la chair. Où était le vieil aveugle qui mendiait au coin de la rue ? La troupe comique qui venait critiquer l'étiquette en improvisant quelques bon mots ? La Roulotte de celle que l'on appelait la Duchesse était vide au désespoir des habitués. Et ces habitués qui venaient se faire endormir la conscience face à une femme trop habile, n'étaient pas tous des désespérés.

Le comte de Nevrost, un hollandais totalement addictif des révélations de la petite rousse avait fait mandé celui que l'on appelait très simplement le Messager. Son oiseau était en cage et il avait le désir de l'en faire sortir avant que son ne pouvoir ne puisse plus franchir les murs de la très crainte Bastille. Dissimulé dans l'ombre de sa capuche, Ezel avait écouté les plaintes larmoyantes d'un homme désemparé. Très vivement, il avait saisi une plume, rédiger un message très sec et tendu deux bourses au messager. L'une pour son service, l'autre pour finir de convaincre les gardiens de relâcher son oiseau de paradis. Peu réceptif à ce chagrin brodé de fils d'or, l'italien avait accepté la course et s'était rendu au commissariat.

Le messager savait y avoir sa place, plus que le mendiant ayant volé un bout de pain pour nourrir sa famille. Si Dante était blanc comme neige, Ezel était coupable d'une justice sanglante. Mais mise à part ses origines étrangères, il n'était pas une menace à la royauté, juste une poussière sur un mur... Si les gardiens avaient eu la vue plus perçante, peut-être aurait-il vu que cette poussière pouvait faire s'écrouler le mur.

Le pas assuré du messager fût rythmé de bruits de métal aussi froid et insalubre que l'était l'endroit. Il poussa la porte que l'intendant à l'entrée  lui avait indiqué et resta un instant devant l'entrée. Son arrivée ne semblait pas être attendu par les gardiens qui le regardèrent un instant surpris. Son accoutrement sombre, son visage dissimulé, créait toujours un froid les premières secondes. Mais ce qui horripilait parfois, c'était ce dos droit et cette attitude autoritaire, là où il n'aurait dû être qu'un messager.


_ Je suis venu chercher la Duchesse.
_ Et de quel droit ?

Le messager indiqua le message roulé avant de le tendre au gardien en chef et de claquer la bourse d'or sur le bureau afin qu'elle fasse suffisamment son effet.

_ Mon commanditaire souhaite s'assurer qu'aucun registre ne mentionnera le nom de cette femme. Vous ne l'avez pas arrêté hier soir. Elle est libre de s'en aller...

Le gardien déroula le parchemin et le lu rapidement.
_ Mais il...
_ Sur l'instant. Avait-il ajouté en haussant le ton.

Il y avait des jours où être la voix des puissants avait quelque chose de grisant et Ezel ne boudait pas son plaisir de voir finalement un des hommes se saisir de la clé pour l'enfoncer dans la serrure et ouvrir la cage dans un bruit grinçant.

_ Ce n'est que partie remise ma belle. Avait lancé un des gardiens afin de ne pas totalement perdre la face devant la rousse.

_ Partons !

La mission accomplie, le messager regagna l'extérieur avec la cartomancienne. Elle avait de la chance d'avoir des hommes croyant assez en elle pour la protéger. Aurait-il pu compter sur quelqu'un pour le tirer d'affaire ? Peut-être Lucrezia aurait-elle eut le pouvoir de le sortir de prison.

_ Cartomancienne et rousse, il est étonnant que l'église ne vous ait pas fait brûler. Quoiqu'il en soit, le comte de Nevrost croit beaucoup en vos pouvoirs. Il sera certainement rassuré pour la pérennité de sa fortune quand il vous saura de retour chez vous.

Cynique et particulièrement sceptique vis à vis des dons qu'on voulait bien prêter à la rouquine, le messager avait néanmoins ajouté sur un ton plus courtois.

_ Le comte a également émis le souhait de vous voir raccompagner...

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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Dim 16 Juin - 8:46

Qu'elle paraissait sombre ma liberté. Je ne connaissais pas ce messager, mais il avait tout l'air du bourreau. Lorsque la grille fut ouverte je passais la tête haute devant mon geôlier, lui adressant un sourire narquois lors de sa prise de parole. Mais je ne pu lui répondre que mon libérateur nous intima l'ordre de partir. Bien entendu je n'avais aucune envie de rester ici, mais je n'aimais pas ce ton péremptoire. C'était puérile je vous l'accorde, mais je ne me suis jamais revendiquée d'une très grande maturité. Avant de passer la porte, je me retournais pour adresser un signe de la main a un garde, accompagnée d'une moue hypocritement triste, son visage crispé de colère me fit éclater de rire, et je filais dehors. L'air était frais et mes guenilles n'étaient guère appropriées au temps, j'avais hâte de retrouver mon chez moi, et de me décrasser. Je m'attendais à le messager me quittent sitôt les portes passées, mais il n'en fit rien. A la place il usa d'un cynisme auquel j'étais habituée et qui ne m'arracha qu'un sourire. En outre j'avais le nom de mon libérateur, et cela ne m'étonnais qu'à moitié que cela vienne de lui. Ce pauvre petit conte était persuadé que j'étais son talisman, que sans moi il perdrait jusqu'au moindre sou. Je le laissais croire, car il payait bien, et que ce n'était pas un mauvais bougre, mais de là à me faire porter escorte jusqu'à mon humble demeure, il y avait un monde. J'étais très capable de retrouver mon chemin, et je connaissais Paris, ses ruelles et ses passages assez bien pour semer toute tentative de nouvelles captures.

« L'Église a déjà essayé, mais j'ai la protection du vieux cornu, les flammes ne me brulent pas. »

Je ne répondais au cynisme qu'en badinant. Bien entendu que l'Eglise avait essayé d'avoir contre moi, toute sortes de charges, mais j'ai des amis partout et je peux blasphémer en toute impunité. Je ne crois en rien de ce que cette sacro sainte institution prône, elle qui est censée ouvrir ses portes aux miséreux, est sans doute la première à les fermer en cas de problème. La foule se densifiait à mesure de nos pas et j'en profitais pour chaparder une pomme qui dépassait du panier d'osier d'une quelconque gouvernante. Personne ne remarquerait son absence. Encore quelques pas, et je m'arrêtais, me tournant pour faire face à cet étrange messager. Le toisant le sourire aux lèvres.

« Tu peux me laisser ici, corbeau, je retrouverai mon chemin. »

Sa haute silhouette sombre, me faisait penser à l'oiseau, et puisqu'il n'avait pas pris la peine des présentations. Se serait son nom pour moi, Je croquais à pleine dents le fruit, il était délicieusement sucré et me redonna quelques forces. Il m'intriguait tout de même, cet oiseau, quelle noirceur dans le regard. Il était hanté de secrets et de remords. Un véritable messager de l'ombre, bien loin des domestiques enfarinés qui venaient habituellement, pressé de se débarrasser de la corvée et de me fuir comme la peste.

« A moins que... »


Je croisais les bras et penchait la tête, il était payé d'avance et n'attendait sans doute pas plus d'une sans le sou. Je savais que c'était un sceptique, il avait annoncé la couleur. Mais j'adore les sceptiques, ils étaient plus amusants que les autres. Je lui prenais la main, et la retournais pour voir sa paume.

«Veux-tu savoir ton avenir, corbeau ? »


Je n'étais pas sérieuse, je connaissais déjà la réponse, mon sourire n'était de toute façon que malice. Lorsque quelqu'un était trop sérieux, je ne pouvais m'empêcher de devenir moqueuse. Et celui là avec son dos si droit son air si sévère et toute l'importance qu'il semblait se donner m'amusait et me poussait à ne finalement pas l'abandonner si tôt.
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Ezel Olven
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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Dim 16 Juin - 12:42

Les deux individus voguaient paisiblement dans la foule. Par jour de marché, les trottoirs se peuplaient de passants et si l'on ne craignait pas le crottin de cheval et les eaux boueuses de la route ou encore de se faire renverser par un fiacre, on pouvait toujours se risquer à doubler l'amoncellement de personnes par la chaussée. Dans cet attroupement de gens colorés, vêtus de mode passée et présente, on trouvait de tout : les richesses d'aujourd'hui, les grands d'hier qui se dissimulaient dans un manteau passé de mode. Les porteurs de planches se poussaient pour être le premier à faire franchir les zones immergées aux femmes, contre l'espoir d'une petite pièce. A genoux dans l'eau qui avait afflué dans la nuit, les dames se payaient ce luxe pour ne pas encrasser leurs beaux souliers. Cette image était celle de Paris où l'écart entre les bas-quartiers et la haute noblesse se taquinent cruellement.

_ Seul celui qui craint les flammes peut se laisser brûler.

Il n y avait aucune raison d'avoir peur de l'Enfer si aucune piété ne s'y attachait. Pour le messager, l'histoire était un peu différente. Né dans une famille catholique, renoncer à la religion n'avait été que la conclusion d'une vie où Dieu ne lui avait accordé que des fléaux. Aujourd'hui libre de penser et d'agir comme il l'entendait, il n'oubliait néanmoins pas les recommandations de se mère de ne pas nourrir la force de Belzébuth. Les croyances de l'italien se basait dorénavant sur des « si » et s'il y avait un Enfer, il ne doutait pas y avoir sa place. Pourtant aucune crainte n'était liée à devoir subir une éternité de tortures. Il se présenterait humble le jour de sa mort et ne cacherait nulle acte de sa vie.

_ Si c'est cela que vous désirez Duchesse.

Le messager allait reprendre sa route à son propre rythme, la saluant sans doute d'un poli mouvement de tête alors qu'elle rompit leurs au revoir pour lui saisir la main.

_ Je pense déjà en savoir la fin. railla-t-il au milieu des passants. Je doute que vous puissiez me surprendre. Mais si je puis me permettre de vous parler du vôtre, j'ai entendu dire que, devant le succès de la rafle de la nuit dernière, une nouvelle serait organisée d'ici quelques jours. Prévenez vos compagnons et tenez-vous sur vos gardes.

Mieux valait resté caché à la mystérieuse Cour des Miracles le temps que ce zèle se dissipe. Les gitans étaient pointés du doigt... on dénonçait sans remord les sans-papiers du « mauvais » Paris. Cette chasse aux sorcières finirait par s'essouffler mais il fallait se prévoir un cocon douillet durant quelques jours. Ezel avait entendu beaucoup d'histoires sur ce refuge où les malvoyants retrouvaient subitement la vue, où les malades retrouvait la santé... Une troupe de comédiens en somme qui exploitait la compassion comme une valeur pécuniaire. Le messager n'y avait pas ses entrées... il fallait plus que des origines étrangères et des chemises percées pour prétendre y être accepter. Ce qui faisait trembler le Roy, ce n'était pas tant le nombre croissant que le lien qui se tissait entre chacun. La misère les rendait solidaire et dangereux. C'est cette organisation que les rafles successives essayaient de faire taire.


_ Vous semblez particulièrement douée pour trouver des noms. La Duchesse est-elle une autre de vos trouvailles ?

Tout en discutant, les deux mystiques personnages avaient presque rejoint les bas-quartiers. La foule n'existait plus ici et la dimension des bâtiments étaient restreintes à l'essentiel. Sans la protection des passants, le vent frais mordait les tissus, essayant de se frayer un chemin jusqu'à la peau. Les rues se dessinaient grises par ce temps couvert de nuages sombres mais la flamboyante chevelure de la cartomancienne avait ce quelque chose de totalement incohérent à la colère des éléments. Sans doute la belle charmait elle par ses révélations mais son succès devait aussi découler de cet atypique physique.

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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Lun 17 Juin - 15:19

Bien entendu qu'ils allaient recommencé. Les cognes ne savaient se satisfaire d'une victoire, la dernière fois nous n'étions pas préparé, trop installé dans le calme de ces derniers temps. Mais lorsqu'ils reviendraient, ils seraient accueillis, on ne s'en prenait pas impunément à notre communauté. J'ignorais encore l'étendu des dégâts, mais nos morts seraient vengés. J'espérais simplement que personne n'était partie en vendetta solitaire. Je me contentais cependant de hausser les épaules gardant mes pensées pour moi, après tout j'ignorais tout de lui. La suite m'amusa, je l'observais du coin de l'œil alors que nous continuions d'avancer.


« Quel genre de personne se trouve ses propres surnoms ! Il n'y a rien d'amusant à imposer aux autres un nom que l'on s'est choisi. L'inverse l'est beaucoup plus ! »

En outre dans notre communauté, nous avions tous des surnoms, nous étions une cours après tout. Nous avions des ducs, des marquis, nous étions la parodie constante d'une caste qui se pensait intouchable. Un pied de nez perpétuel aux grands et aux puissants.
Soudain, un poids s'abattit sur mes jambes, manquant de me faire vaciller, une gamine sortie de nulle part m'enserrait la taille avec force. Muette de naissance, elle trainait souvent dans mes pattes, elle était agaçante et attendrissante comme seule les enfants peuvent l'être. De partout une nuée de gamins sortis, ils étaient les espions, nos propres messagers, bien plus rapide et rusé que les adultes. Dépenaillés et sales, ils n'en avaient pas moins de fierté dans le regard, et à peine eurent-ils finit leur exclamations de joie qu'ils filèrent répandre la nouvelle. J'étais de retour, j'éclatais de rire devant leur empressement, je les aimais ces marmots. C'était les enfants de tout le monde et de personne. On les laissait nous chiper un peu de nourriture quand on le pouvait et quand on les surprenait on leur apprenait comment faire pour que ça n'arrive plus.

Au loin je pouvais apercevoir mon chez moi et le joyeux capharnaüm qui régnait partout. On entendait les gens s'interpeller d'un bout a l'autre. On voyait les maisons rafistolées, le linge qui séchait, d'une propreté toute relative malgré son lavage. Tout était fait de bric et de broc. Tout était chancelant, disgracieux, mais ce désordre me rassérénait plus que n'importe quel escalier en marbre, lourde tentures de je ne savais quel pays, ou quelconque marqueterie.

« Vient donc boire un verre, on parlera de mon avenir puisque le tiens ne semble pas t'intéresser ! Ou de ce que tu veux, peu importe ! »

Tout est bonne occasion pour boire et fêter une fois de plus mon retour. J'étais une anguille dans les filets de la police, une épine dans l'échine de l'ordre établit. Je devais fêter ça. Par ailleurs mon enthousiasme ne diminuait que rarement, j'aimais les fêtes plus que tout autre chose. Mais je me devais de le prévenir, bien qu'il ne doive pas être aussi naïf. Dans cet espace de non loi, nous n'en avions qu'une, ce qui est à toi est à moi. L'endroit était dangereux pour quiconque était peu prudent, ici il n'y avait pas de noblesse, il n'y avait que la survie. Nous autres les sans le sou, les sans titre, les riens du tout, pour nous nourrir nous pillons, sans honte et sans vergogne

« Qu'en dis-tu corbeau ? C'est pas tous les jours que tu pourras entrer ici sans te faire égorger ! Mais garde un oeil sur ta bourse, tu pourrais bien la perdre avant même d'avoir franchit l'entrée de la cours. »


Et oui il fallait des passes droits, une raison pour venir ici sans se voir pris dans un coupe gorge, détroussé et railler, au meilleurs des cas. Tous ici n'étaient pas de bons bougres, et certains n'attendait que l'occasion de tuer du sang bleu, de passer leur rage sur un être bien tangibles. Mais pas quand il s'agit des mes invités. Certains le faisait parce que nous étions amis, les simples d'esprits parce qu'ils songeaient que j'aurai pu leur jeter un sort et les autres parce qu'ils étaient conscient qu'un mort trop bien né retrouvé ici ne ferait que faire tomber les coups.
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Ezel Olven
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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Lun 17 Juin - 23:02

C'était une bonne question. Qui s'amusait à se trouver ses propres surnoms ? Il fallait croire qu'il faisait parti de ces gens là. Se faire appeler le Messager s'était imposé naturellement lorsqu'on lui demandait son nom. Soucieux de garder son identité secrète, il avait fini par s'habituer à sa sonorité. Il l'avait personnifié. Le Messager, c'était plus que n'importe quel autre messager à Paris, c'était cet homme en noir à la capuche rehaussée, c'était celui que la rousse appelait Corbeau. Finalement, il se présentait plus souvent sous le nom de Messager que de Dante... Ezel ayant été balayé de sa vie.

Il avait connu les nuits glaciales où pelotonné dans la boue, le ventre vide contre ses camarades, le sommeil s'installait avec la crainte de ne pas voir un nouveau jour poindre. Le corps figé dans une apathie involontaire désireux de porter à ses lèvres une soupe chaude, un morceau de pain même rassis, les officiers avaient finalement fait tuer cinq des chevaux pour nourrir leurs troupes. Jadis, au service du Doge de Venise, Ezel avait reçu une très stricte et complète éducation militaire. Alors quand il avait décidé de quitter Venise et le confort dont il jouissait pour les terres peu accueillante de la frontière autrichienne, beaucoup n'avaient pas compris. Cette position inespérée était celle que de nombreux soldats enviaient pour leur avenir, pourquoi la quitter? C'était recevoir une belle solde, avoir des habits neufs, une certaine prestance sous les drapeaux. C'était peut-être la folle espérance de voir un jour le Doge et de se faire remarquer, promouvoir au rang d'officiers... diriger quelques hommes, un bataillon, l'armée italienne ! Ezel était la parfaite illustration d'un paradoxe. Celui d'être doué dans un travail qu'il détestait. Celui de quitter la facilité pour se heurter à la dureté. Devenir soldat, c'est tout ce que la vie lui avait laissé comme alternative pour protéger sa famille de la ruine. Avec le recul, il n'avait jamais pu trouver sa voie. Encore aujourd'hui, il serait incapable de savoir s'il était artiste dans l'âme, intellectuel ou bien s'il était manuel. Pourtant ce qui l'attristait sur l'instant fût de voir autant d'enfants vêtus de haillons. Les enfants sortirent du moindre recoin, se regroupant autour de Simza, le poussant dans leur euphorie comme s'il n'existait pas et malgré cette joie qui se lisait sur leur visage crasseux, le messager souffrait pour eux. Ce qu'un adulte endure, un enfant ne devrait pas avoir à le supporter. C'était un idéal quelque peu naïf mais derrière toute la dureté de son regard rigide, de son allure froid, il lui était douloureux de songer à ses enfants aux pieds nus, mendiant leur vie.

Plus ils avançaient et plus le beau Paris semblait loin. Maisons faites de pierres brinquebalantes, ordures entassées à même la chaussée, des rats circulants sur la pyramide odorante, la chambre du messager semblait un palace en à côté. Il s'était donné les moyens de vivre aussi bien que possible et avec une énergie volontaire, il arrivait parfois à économiser quelques sous. Une faible économie qui finissait par fondre comme neige pour des dépenses imprévues qui se mettaient sans cesse sur son chemin. Ezel n'aurait jamais la vie d'un prince et il ne demandait pas à en être un. Il voulait juste se sentir libre mais son existence de travail et de retenue lui ôtait cette sensation.


_ Même si tu avais le pouvoir de voir mon avenir... je ne suis pas sûr de vouloir le connaître.

Il continua de la suivre néanmoins. Par curiosité... et parce qu'il n'avait pas peur de plonger au cœur de la Cour des Voleurs. Il n'était pas un ange non plus et s'il écouta bien attentivement les recommandations de la jolie rousse, il se cacha bien de lui dire que s'il venait à être attaqué, avant d'être tué, des hommes mourraient. Le sang était pour lui un cri familier. Tout homme à un bagage, le sien était fait du son des canons et des épées et s'il paraissait un homme du beau Paris, une fois la lourde cape de cuir retirée, il n'y avait plus que chemise trouée et pantalon usé. Se forçant à mettre de la chaleur dans sa voix, il ajouta :

_ L'invitation est tentante.

Pour ne pas dire excitante. Aller là où on lui avait toujours refusé l'entrée, c'était comme découvrir un autre monde, être l'observateur et l'explorateur d'une vie qui aurait pu être la sienne, lui qui n'était pas vraiment en règle avec la légalité. C'était venir se promener en simple visiteur sur la route d'une vie alternative.

Les premiers pas aux côtés de la rousse ne furent pas sans lui rappeler son arrivée à Paris. L'étranger, le rital... ils retrouvaient, dans l'éclat des yeux fixés sur l'inconnu qu'il était, cette même méfiance dont il avait mis des mois à se défaire. Marchant le dos droit, ne se laissant pas découragé ou intimidé, il avait poursuivi la route aux côtés de la cartomancienne, jusqu'à la roulotte. Vu de l'extérieure, sa roulotte semblait tout aussi grande que sa chambrette quoique bien plus accueillante que son sanctuaire sans âme. Le lieu avait un charme atypique qui lui donnait envie de tester les dons de la belle, de se prêter au jeu d'une lecture.

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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Jeu 20 Juin - 14:17

Il n'hésita pas longtemps, rares étaient ceux qui osaient entrer dans ce Paris parallèle. La plupart prétextait quelque urgence pour ne pas froisser leur pauvre petit ego. Mais celui là avait dans les yeux une tempête qui grondait sous le calme que laissait supposer sa posture. J'avais appris à cerner rapidement les gens, c'était mon métier après tout, l'observation. Par ailleurs, je ne vendais pas cher de la peau du bougre qui s'essaierait à lui tirer sa bourse. Son scepticisme ne me vexait pas, non seulement j'y étais habituée, mais en plus je n'avais pas besoin que les croyances des autres s'accordent aux miennes, je ne doutais jamais de moi. Nous avancions et du coin de l'oeil je pouvais le voir regarder partout, il observait cela avec une expression intéressée, comme un explorateur en territoire inconnue, ce qu'il était en quelque sorte. C'est sans surprise qu'en arrivant aux alentours de ma roulotte, je vis une silhouette familière planté sur le côté. Mon cousin, mon meilleur ami était là, guettant mon retour, il haussa un sourcil à la vue du messager. Ezra s'avança et l'ignora délibérément. Ce qu'il pouvait être enfantin parfois... Mais je l'étais aussi je n'avais pas de leçon à lui donner de ce côté. Il posa sa large main sur ma tête et me signala d'un ton faussement agacé que j'avais mis du temps cette fois-ci et qu'on devrait parler plus tard, je lui répondis sur le même ton et après un échange de piques habituels il quitta les lieux. Cette petite comédie n'avait pas duré plus d'une minute, et je devais avouer que j'étais soulagée que les cognes ne lui ai pas mis la main dessus à lui aussi.

Je me tournais vers le corbeau, qui observait pas un interêt manifeste mon humble domicile. Cette roulotte avait été abandonnée et c'est mon oncle qui me l'avait ramené et qui l'avait réparé, oh elle ne roulerait pas bien loin, elle était statique depuis bien trop longtemps. Je l'avais décoré à ma convenance et l'avais séparé en deux espaces par une lourde tenture. L'entrée donnait directement sur mon espace de travail, décorée d'objets de cultes païen, de larges bougies étaient dispersées, une table dont le bois élimé laissait encore deviner une coquette marqueterie composait le centre, deux chaises seulement. Tout bien entendu était de récupération, les riches achetaient et jetaient aux ordures si vite que leurs possessions n'avaient même pas le temps de connaître les affres du temps. Il suffisait de savoir ou aller. L'autre partie à peine plus grande, était ma chambre, un lit composé d'un fatras de coussins qui recouvrait le matelas dessous, une large malle contenait mes vêtements et d'une vieille coiffeuse dont le miroir tacheté de rouille reflêtait la ridiculement pleine boite à bijou qui débordait de colliers, de bagues et de bracelets, rangé sans plus de soin et emmêlé les uns dans les autres. Son seul contenu aurait pu permettre de m'acheter un endroit plus vaste, mais j'aimais cet endroit. Il était quasiment une extension de moi, j'aimais l'odeur des bougies et de l'encens imprégnés dans les tentures, tout autant que la sensation des épais tapis sous mes pieds.

« Entre donc ! »

J'ouvris la porte, le laissant décider de me rejoindre ou non, bien qu'un départ me surprendrait fortement. J'extirpais d'un meuble deux verres et une bouteille contenant une eau de vie et en nous en versait deux généreuses rasades, je fis ensuite le tour pour allumer les quelques bougies qui se chargeraient de réchauffer l'endroit. En attendant l'alcool aiderait. L'hiver était parti pour être glaciale cette année.

« Prends tes aises, et laisse moi quelques minutes, j'ai besoin de me changer. »



Je ne me complaisais pas dans la crasse, et c'est sans doute pour cette étrange habitude que l'on disait de moi que j'avais les manières des sangs bleus. Mais je n'avais nulle servant pour me faire chauffer l'eau ou l'apporter dans une baignoire. Je passais derrière l'épais rideau qui faisait office de séparation et me débarrassait de ma robe. Je ne craignais pas qu'un étranger soit là, je n'ai nulle puduer, je sais me défendre, et au moindre grabuge, on accourrait ici. Je réalisais une toilette de chat grace à un bac d'eau placé sur ma coiffeuse la veille, tant pis si elle avait un peu stagné se serait mieux sur rien. Et enfilait une robe dont les couleurs étaient passées, et couvrait mes épaules d'un châle carmin, j'attrapais au hasard quelques bijoux dont je me parais, et je me sentais enfin de nouveau moi même. J'abandonnais mes botillons avec ma précédente robe et écartais les rideaux, un sourire aux lèvres. Je venais de repenser à ce qu'il avait dit.

« Tu es un homme sage corbeau, il n'y a que les fous qui veulent connaître leur avenir et les idiots qui pensent que j'en détiens les clés. C'est le passé que je vois et les futures que je devine. »


Sans certitude, je vois les chemins se tracer, suivant les clients je choisi le plus probable, ou bien le plus réconfortant. Les cartes ne me mentent pas, mais tout est question de mise en scène, je mens et j'influence. A trop croire à mes prédictions ils font tout pour qu'elles se réalisent. Je lâchais les tissus et attrapait mon verre que je n'avais pas encore touché pour le vider.
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Ezel Olven
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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Jeu 20 Juin - 16:21

Il n'était pas le bienvenu. Les habitants de ce monde caché semblait s'être mis d'accord sur ce point. Néanmoins, aucun autre signe d'hostilité que l'indifférence lui était accordé. Peu importe, Ezel avait de quoi s'occuper le regard parmi ce joyeux fatras d'habitations. Il toisa l’œil médisant de l'homme et laissa les deux compères discuter plus sereinement alors qu'il s'avança vers la roulotte, sans toutefois en franchir le seuil. D'une oreille distraite, il écouta ce qui se disait entre le géant et la rouquine... ils avaient l'air proche, tout autant qu'une sœur et un frère peuvent l'être. Il ne s'était jamais beaucoup querellé avec la sienne mais il devait bien admettre qu'en voulant la protéger, il s'était montré bien souvent envahissant.

Lorsqu'elle lui donna le droit d'entrer chez elle, il en grimpa les quelques marches et la suivit à l'intérieur. Voir la roulotte de l'extérieur imposait déjà un certain charme mais de l'intérieur, elle était encore plus atypique. Les murs en bois apparents, les odeurs d'encens brûlé et tous ces petits objets dont il aurait difficilement pu trouver la signification, l'étonnèrent. Son intérieur était tellement différent du sien... on en ressentait toute la personnalité, toute l'énergie alors qu'il vivait dans une chambrette sombre qu'il n'avait pas pris la peine de décorer. Cet endroit, c'était la vie et si le travail de la cartomancienne était d'en donner pour leur argent à ses clients, il n'y avait rien de malsain dans son univers. Il appréciait cette sensation de douillet cocon avec la lumière des bougies venant raviver les couleurs de la tentures.

Le messager hocha la tête, ne lui laissant pas le temps de demander si elle préférait qu'il sorte. Il s'assit devant son verre, rabaissant sa capuche en arrière pendant que la belle se déshabillait derrière ce seul bout de tissu qui assurait la séparation. Pas de pudeur mais de la décence là où les mauvaises langues prétendaient que sous un certain seuil de pauvreté, on en avait plus.

La Duchesse revînt et sans les traces de poussière qui avaient maculés sa peau dans la prison, le messager redécouvrait une femme à la peau encore plus blanche, aux yeux encore plus bleus et froid contrairement à la chaleur de son épaisse chevelure rousse. Il esquissa un léger sourire à sa remarque. Pas parce qu'elle flattait son ego mais au contraire parce qu'il n'avait pas la prétention d'être sage.


_ Tu sais, j'aurai préféré avoir tort. J'aurais préféré que tu ais ces fameux dons... pas pour voir l'avenir... je me fiche bien de savoir comment je vais finir mais... il marqua une pause abrupte dans sa phrase, semblant réfléchir aux mots juste alors qu'en réalité, il essayait de contourner la barrière qu'il avait lui-même dressé. J'aurais... J'aurais pu... Il laissa naître un nouveau temps mort. Comment réussir à parler de Fanny sans révéler qu'il était plus que ce qu'il prétendait ? Aucune confession n'était sortie de sa bouche depuis tant d'années... Il ne pouvait pas. Il n'y avait pas de réponse. Si seulement il avait pu... La Duchesse avait dû entendre le récit de tant de gens et la roulotte devaient regorger de milliers d'aveux pourtant il n'arrivait pas à laisser sortir ce désir de dire adieu au fantôme de sa sœur. Il avait beaucoup marché, beaucoup changé et accepter le deuil de Fanny mais il aurait voulu lui parler une dernière fois, lui dire tout ce la distance l'avait empêché d'avouer, lui dire qu'il l'avait retrouvé, qu'il n'avait jamais abandonné, que peu importe ce qu'elle était devenu dans ce Manoir, elle resterait toujours sa sœur, qu'il protégerait sa mémoire en son cœur. Lorsqu'il avait vogué entre la vie et la mort, il avait le souvenir de l'avoir entraperçu mais cela n'avait duré qu'un instant. Que ne donnerait-il pas pour un adieu ? Pour la savoir libre et heureuse... ailleurs. Si seulement, il n'avait pas perdu la foi ! Si seulement la rousse avait su comment parler aux morts !

Il attrapa son verre et le vida d'une traite, sans chercher à reprendre le fil de ses aveux. L'alcool était fort... sans doute une cuvée artisanale et il lui fallait au moins ça pour lâcher un peu de lest. Il redéposa le verre sur la table.

_ Alors c'est ici que tu œuvres ? Tes clients s'assied à ma place et tu leur lis les cartes ? Avec une distante curiosité, il l'interrogea. As-tu déjà eu la sensation que ce que tu leur disais était vrai ? Comme si quelque chose te parlait ?

Une telle discussion aurait été condamné par l'Eglise. Remettre en question l'omnipotence de Dieu et de ses pouvoirs se seraient soldé par la potence.

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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Sam 22 Juin - 8:30

Je m'assis face à lui, il avait abaissé sa capuche et je pouvais enfin pleinement voir son visage, il était plus jeune que je le pensais, plus jeune que son regard ne le laissait supposer. Il semblait porter le poids du monde sur ses épaules, comme s'il avait déjà trop vécut. Il paraissait comme hanté par les fantômes d'un passé pas si lointain. Mais je m'abstins de tout commentaire, sa mine était soudainement plus grave alors qu'il commença à délivrer une demi confession, demi parce qu'incapable d'aller au bout, il préféra vider son verre. Je ne sais ce qu'il aurait pu, mais cela lui tenait visiblement à cœur. Ceux qui s'accrochaient trop aux j'aurai pu, aux j'aurai du, ne trouvais jamais le repos. Les remords les tourmentaient tant et si bien qu'ils leur étaient incapable de se tourner vers ce que le futur avait à leur offrir, il ne voyait que ce que le passé leur avait arraché. Sa curiosité se était prudente, comme s'il avait peur de se bruler. J'en fus amusée, le détachement était coutumier, il était la prudence des non croyants qui cherchent des réponses. Je laissais passer un temps avant de délivrer une réponse, avec le même détachement que le sien.

« Je ne suis qu'une interprète, je ne prétends pas détenir une vérité. Les cartes parlent à ceux qui savent les écouter. »

Je ne répondais pas véritablement mais sa question n'en était pas réellement une. Je ne pouvais expliquer ce que je considérais comme un don, tout comme je ne pouvais expliquer ce qu'était le jaune à un aveugle de naissance. Il n'y avait rien de condescendant là dedans, c'était juste en moi. Je tendis la main pour attraper la bouteille, le tintement de mes bracelets brisant le silence tandis que je nous resservais. Cet alcool n'avait aucun raffinement, j'avais pourtant quelques liqueurs plus douces en réserve, mais en cet instant je jugeais préférable la brulure de ce breuvage. Je relevais les yeux vers lui un sourire aux lèvres. Mon regard d'un bleu de glace pétillant de malice.

« Te laisserais-tu tenter corbeau ? »


Plus qu'une envie de connaître son avenir c'est de parler dont il semblait avoir besoin. Nombre de personne vienne ici pour cela. Cet endroit était un espace de non droit, ce qu'il s'y disait restait entre ses étroits murs, il y avait tant de secret révéler ici, les laisser s'échapper et c'est tout le beau monde de Paris qui serait secoué. J'ouvris un tiroir situé sous la table et en extirpait le paquet de carte, un jeu de tarot que ma grand mère utilisait déjà. Les couleurs étaient un peu passé, mais il était impeccable. Il était si vieux qu'il paraissait avoir une âme propre, j'avais de l'affection pour ce jeu, comme je pourrais en porter à un vieil ami. Je le posais entre nous, mais gardais ma main dessus. Voulait-il interroger les cartes, ou préférait-il en rester là. J'espérais qu'il se prête au jeu, parce que j'étais curieuse de comprendre ce qui pouvait tourmenter un homme tel que lui, ce n'était certainement pas le poids du pouvoir, sa condition était celle des petites gens. J'ôtais ma main du paquet pour venir ramener mon châle qui ne tenait qu'à peine sur mes épaules. Ce n'était pas tant le froid qu'un geste machinal, je paraissais sans doute plus mystique, mais c'était un climat que je créais dès qu'était sorti les cartes.


« Le passé est irrévocable mais tous les futurs sont possibles, la vérité n'est pas une, elle est multiple. Les cartes ne peuvent rien t'apprendre, mais elles peuvent donner de nouvelles bases à ta réflexion. Si tu en veux un aperçu coupe à ton gré ce paquet, en utilisant ta main gauche. »

Ma voix s'était faite plus basse, un ton de confidence. Je l'observais, indécis, mais il m'avait suivis jusque ici, avait pénétré ma roulotte et avait montré sa volonté de parler. Il voulait apaiser un tourment, et n'avait sans doute nul interlocuteur digne de confiance. Ceux qui choisissent une vie de secret, qui s'en entourent, qui s'en font un manteau, sont les mêmes qui passent leur temps à fuir leur ombre, à se maintenir dans dans des illusions, à se dissimuler de leur propre vérité. Je m'adossais confortablement au dossier de la chaise, attendant qu'il prenne sa décision.
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Ezel Olven
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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Sam 22 Juin - 10:53

Le messager appréciait cette façon qu'elle avait de parler de son art. Elle n'essayait pas coûte que coûte de le convaincre de choses en laquelle il n'avait pas la volonté de croire. Elle n'essayait pas de lui vendre une supercherie par quelques superlatifs bien pensé. Et dans tout le respect qu'elle semblait porter à son travail, elle ne disait pas non plus qu'elle se jouait de la naïveté des gens. Ezel entendait : « je n'ai aucun pouvoir, je suis simplement le messager des cartes et je pense qu'elles ont un message à donner. ». Une part d'elle semblait y croire et c'est exactement ce qu'il espérait en guise de réponse à sa question. Ainsi étaient-ils deux porteurs de messages avec leur univers propre ? Détenteurs de secrets qui ne leur appartenaient pas. L'un profondément ancré dans le monde réel, l'autre plus fluide, se glissant dans les brèches de l'inconscient.

Il regarda ce bras se tendre vers lui pour le resservir. Un bras fin excessivement chargé de bijoux à se demander s'ils n'en devenait pas trop lourds à son poignet blanc. L'alcool remplit à nouveau le verre de sa brûlure inodore. Le messager ne s'y opposa pas. L'alcool pouvait être une voie -certes un peu facile- à ce qu'il ouvre son esprit à toutes sortes de croyance sans portée religieuse. Mais ce qui le convainquait réellement de boire était sans doute cet instant de faiblesse qu'il voulait effacer. Garder le dos droit et resté fier malgré ses souvenirs lui avaient paru un instant, tellement difficile. Il lui avait toujours semblé important de paraître insubmersible, de paraître n'avoir besoin de personne d'autre que lui. Ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur d'avoir peur. Ne pas avoir peur d'être brave, de faire des choix ardus. Tout ce qu'un homme était amené à faire pour construire sa maison avec les briques de sa vie. Oh, les fondations étaient solides mais certaines briques pourries à l'intérieur laissaient filtrer l'eau sous le toit. Le feu et la glace. Simza était un volcan fait de sourires malicieux, semblant constamment de bonne humeur alors qu'il semblait son opposé, fait de glace et de silence.

Ezel la regarda sortir le paquet de la table sans émettre un son. Les cartes avaient vécu, à l'image de l'endroit. Il regarda ses mains décrire un mouvement dont elle ne devait plus avoir conscience à force de manipuler les figures. Le messager regarda le dos du paquet, se questionnant sur cet objet familier qui était censé lui donner de nouvelles bases. Pour lui, ce n'était que quelques bout de carton empilées les unes sur les autres. Elles n'avaient de mystique que leur ornementation qui, par ailleurs, était magnifique. Le messager attrapa son verre et le vida à nouveau.


_ Très bien.

Sa voix avait sonné ferme. Il jouerait le jeu même s'il se lançait à reculons. Sans doute est-ce la curiosité plus que l'envie qui l'avait amené à participé à cette première expérience de la cartomancie. Sa main gauche se tendit vers le paquet qu'il coupa, suivant les directives de la rousse. Redéposant le tas de cartes à côté de son jumeau, il la questionna d'une voix tout aussi calme qu'à son habitude.


_ Pourquoi m'avoir invité chez toi ? Pourquoi n'es-tu pas comme ces gens dehors ? Ceux qui se méfient des étrangers à votre monde.

Elle ne lui devait rien. Le comte était la seule personne à qui elle devait son salut. Lui n'avait fait qu'apporter un message et consentir à une requête de la ramener à l'entrée de la Cour des Miracles. Il n'était pas particulièrement sociable, pas très rassurant non plus avec cette froideur dans sa voix et son regard sérieux... alors pourquoi faire de lui cet invité, lui servir à boire, parler ?...

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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Dim 23 Juin - 14:13

Il n'y eut guère de surprise dans mon regard lorsqu'il coupa, mon sourire s'étira un peu plus tandis que d'un geste habitué je repoussais l'un des deux paquets et me saisit de l'autre. Après l'avoir mélangé je le posais sur le côté de la table, ce rituel je l'avais réalisé des milliers de fois, la façon de battre les cartes de s'en saisir, chaque geste était répété chaque jours, plusieurs sans que je ne me lasse. Bien entendu, la personne assise en face de moi influait sur mon entrain, et là j'avouais être curieuse de cerner un peu cet étrange personnage. D'un doigt léger j'étalais le paquet en arc de cercle devant lui.

« Tu poses les mauvaises questions corbeau. »

Énigmatique, était un qualificatif qui me convenait tout à fait, je prenais un malin plaisir à donner de fausses réponses. Mais je ne voulais qu'il ait l'impression que je me riais de lui, alors je poursuivis, me penchant légèrement en avant, mes coudes appuyées sur la table et mes mains croisés sous mon menton, comme pour donner plus de poids à ce que j'allais dire.

« Penses-tu vraiment que je sois différente ? »

Je n'étais en rien différent. Mais je n'avais rien à protéger, donc aucune inquiétude à avoir. Si l'on m'envoyait en prison il y avait fort à parier que j'en sortirais. C'était ma seule différence, mais il n'avait nulle besoin d'une explication pour cela. Il avait toute les clés lui même pour le comprendre. Je jugeais cela arbitrairement et il n'aurait pas plus de moi, mon cas n'était pas intéressant. En tout cas je ne le jugeais pas intéressant.

«  La véritable question est, pourquoi toi m'as tu suivis, pourquoi as tu accepté de me suivre ici. Je ne parle pas du trajet que tu étais obligée d'effectuer »

Je balayais cette éventualité de la main avant de reprendre.

«Je parle de toi sur cette chaise, devant ces cartes à te prêter à un jeu auquel tu ne crois pas vraiment. »

Les gens se méfient toujours les uns des autres, j'aurai pu le faire entrer ici, lui trancher la gorge et le délester de sa bourse. Il ne semblait même pas avoir envisagé cette possibilité. Je faisais souvent cet effet. Depuis longtemps, j'avais appris qu'accorder sa confiance n'était pas forcément preuve de naïveté lorsque c'était fait avec soin. Pour espérer avoir la réciproque il fallait savoir baisser sa garde. Et je m'offrais toute entière sans défense et sans même en rechercher une. Personne ne veut pour victime une personne tel que moi, je ne crains pas grand chose, ne tremble pas sous la menace, et je donne ce que les gens veulent de moi. Je l'ai invité et même laissé seul quelques instant parce que je savais qu'il ne ferait rien. Je sais lire dans les âmes, à force de parler et de contact, à force d'histoires et de confidence, j'ai finit par cerner l'humain. Il aurait pu farfouiller, voler ou fuir, mais il n'a rien fait de cela. Il était resté. Je ne crains pas les inconnus, vivre dans la peur et dans la méfiance constante doit être épuisant, ma vie est insouciance est légèreté, et tout cela a toujours très bien fonctionné pour moi.

Mais ce n'était pas pour entendre ma vision du monde qu'il était là, et j'étais si curieuse de savoir quel secret allait pouvoir révéler mes amies. Je laissais passer un nouveau silence, puis décidais qu'il était temps de commencer.

« Choisi sept cartes, mais ne les retourne pas. »
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Ezel Olven
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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Dim 30 Juin - 13:46

D'un regard intéressé, le souffle silencieux, il ne quitta pas Simza du regard alors qu'elle étalait les cartes devant lui. Ce sourire sur ses lèvres avait plus d'attrait que la perfection de l'arc de cercle mystique qu'elle avait dessiné sous ses yeux. Les cartes n'avaient pas d'importance. Leur message ? Rien de plus qu'une interprétation de la Duchesse en fonction de ce qu'elle avait déjà perçu de lui... Si la cartomancienne espérait faire des découvertes exceptionnelles, elle serait déçue. Le Messager ne s'estimait pas être un homme particulier... il avait simplement accumulé tellement de secrets que les mystères qu'il dégageait devait simplement émoustillé la curiosité de la rousse. Alors oui, elle avait raison... pourquoi suivre une femme dont le travail est de vous percer à jour ? Pourquoi faire tout à coup, ce qu'il ne faisait jamais ? Pourquoi jouer avec le feu au point d'accepter de se laisser brûler ?

_ Tu réponds à ma question par d'autres questions Duchesse. Se rapprochant de la table, il posa ses doigts sur une carte sans la retourner. Des questions auxquelles j'ai déjà la réponse. La pulpe tritura quelques peu le dessus de la carte alors qu'il continuait de parler, se refusant à sortir la carte du jeu. Je n'ai pas dit que tu étais différente. J’émets une simple constatation. Tu reçois des comtes, des princes dans ta roulotte et soudainement, tu ramènes un messager sans le sou. Nous ne sommes pas idiots... tu as envisagé l'idée que je puisses te nuire et j'en ai fait de même avant de franchir les frontières de la Cour des Miracles. Peut-être crois-tu que tu n'as rien à perdre mais regarde dehors...

Il savait de quoi il parlait pour avoir expérimenter la perte sous bien des aspects : financiers, matériels, familiale, etc. La douleur serait vive si on coupait les ailes de cet oiseau... elle ne serait pas toujours protégée et son ami, les enfants... la souffrance serait poignante si on venait à les tuer. Elle ne lui ferait pas croire qu'elle se fichait de tout cela... La rousse avait du cœur, qu'elle donnait même à un oiseau de mauvais augure. Le messager retira finalement la main de la carte, l'abandonnant dans l'arc de cartes, estimant avoir suffisamment jouer avec sa patience.


_ Il m'est difficile d'exprimer ce que je suis venu chercher. Et pourtant, je sais qu'aucune de tes cartes ne saurait me l'apporter... mais j'aime l'endroit où tu vis, j'aime le lien qui t’unis aux gens qui t'entourent et j'aime ce que tu dégages... et je ne parle pas de la cartomancienne.

L'art d'être simple en s'ouvrant à la franchise. Simza avait cette légèreté qui lui faisait défaut. Elle avait ce bonheur facile sans le quémander. Il ne voyait plus la vie du même œil depuis longtemps. Finalement, sans réellement se prêter au jeu, il tira les 7 cartes du demi-cercle. Le hasard de sa sélection n'avait d'égal que le détachement et la rapidité avec laquelle il s'était séparé de cette tâche. Il recula, se radossant à sa chaise. Il n'y avait pas de bon choix à faire et le Messager ignorait s'il fallait faire preuve d'une quelconque concentration pour au final choisir des cartes aléatoires dont il se souciait peu.

_ Je me serai bien présenté mais tous les mots qui seraient sortis de ma bouche n'auraient été que mensonges. Sourit-il d'un air entendu. Je laisse le soin à tes cartes de parler pour moi.

Etre honnête avec quelqu'un était devenu un luxe tout comme ce trait d'humour. Le luxe de sa vie auquel il ne pouvait pas prétendre. Mais si par des moyens détournés, il pouvait redonner l'image de l'homme qu'il avait été... était toujours, peut-être, il se laisserait autopsier avec moins de réticences.

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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Dim 7 Juil - 10:19

Il est vrai que je recevais du beau monde ici, des faux anonymes qui profitaient de la nuit pour se grimer en pauvre et furtivement venir quémander un réconfort, sous la forme d'une prédiction à laquelle ils accordent un crédit qui la pousse à se réaliser. Mais la plupart viennent me faire chercher, l'endroit trop malfamé pour se risquer à s'y rendre. Pourquoi l'ai je ramené lui ? Par curiosité, peut être, parce que j'ai perçu son intérêt sans doute. Je l'observais triturer les cartes, il s'y intéressait à peine, ou bien il ne le voulait pas. Je ne m'en offusquais pas, je n'avais pas besoin de la foi des autres pour conserver la mienne.  La suite de sa tirade accentua mon sourire. Je sais que je dégage quelque chose de particulier. Je ne le sais que trop bien. Trop de chaleur dans la froide misère, trop de sauvagerie dans les sages fêtes nobliaudes, trop d'insouciance en des temps que tout le monde dit durs. Je n'appartiens pas à mon temps, pas à mon monde, je suis une anomalie, alors j'attire l'attention. Je ne saurai devenir anonyme même si ma vie en dépendait. Je n'ai pas l'intention de le devenir, ma vie me convient parfaitement, je construis mon bonheur chaque jour en vivant tel que je l'entends, je me moque des autres. Les autres sont le poison de l'existence du moment qu'on leur accorde trop d'importance. Pourtant lorsque j'accorde ma confiance, je le fais très vite, j'ai une complète confiance en mon  jugement, et je n'ai pas ressenti de danger venant de ce noir oiseau. De là à lui dire que je lui fais confiance, c'est peut être s'avancer.

« Tu ne me connais pas, je pense que tu te fais une idée un peu romantique de mon existence... »


Mon ton reste léger, ma vie n'est pas que de bohème. J'ai une chance incroyable, je n'en suis que trop consciente. Je ne peux rester totalement ignorante à la misère qui m'entoure, la seule chose qui nous reste, c'est notre bonne humeur. Perdre le moral, c'est un peu se laisser mourir ici. Je balayais sur le côté les cartes laissées en plan et mes pensées. Puis disposais en deux rangées les cartes.

« Voyons ce qu'elles ont à me dire. »

Je retournais la première carte, et c'est sans surprise que je prononçais son nom.

« Cerumno, tu es une force de la nature, pourvu d'une volonté implacable parce que teinté d'une mission, d'un sacerdoce, combiné à la carte du frêne,  la raison qui t'as poussé à devenir si fort, semble peu à peu perdre en consistance, tu as des doutes, des peurs que tu enfouis... »

Je découvrais une troisième carte.

« Brigantia, carte féminine, sans surprise, il y a une femme, elle symbolise le changement et la réflexion. Brigantia est changeante elle nous apprends que rien n'est éternelle, qu'il faut laissé le passé à lui même, et ne pas se maintenir dans des illusions. Artio l'accompagne, elle, symbolise la famille. »

Je laissais un temps à la fois pour réfléchir au sens que les cartes voulaient envoyer, le tirage était compliqué, et j'avais l'étrange impression d'avancer sur des œufs. Je lançais un regard au corbeau  avant de poursuivre d'une voix plus douce, mon but n'était pas d'enfoncer une lame dans une plaie ouverte. J'ignorai si ce que je disais lui parlait, mais j'en avais l'impression.

« A ce stade je dirai que tu as perdu une mère... ou une soeur plutôt, tu ignores son destin mais cela te porte. Artio recommande de s'accommoder de chaque situation, d'écouter un peu moins son cœur et un peu plus son esprit. Ton pragmatisme ne semble pas s'étendre au domaine sentimentale. »

Il ne restait que trois cartes.

« Veux tu entendre la suite ? »
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Ezel Olven
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MessageSujet: Re: De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]   Jeu 11 Juil - 12:42

Simza était étrange. A la fois accueillante, elle n'en mettait pas moins de la distance dans les mots qu'elle utilisait. Le Corbeau, comme elle l'appelait, était un naïf... c'est du moins l'impression qu'elle lui donnait. Oh, il ne l'aurait pas contredis en disant qu'il la connaissait... néanmoins, il y avait de l'instinct dans chacun de ses mots et loin de restreindre la vie gitane à une immense fête, il en connaissait les problèmes et les aboutissements. Des hommes, femmes et enfants traqués comme il l'avait été... Ne l'avait-il pas sorti de prison ? Croyait-elle qu'il était aveugle à la misère ? Elle n'avait peut-être pas tout ce dont elle pouvait rêver mais au moins, elle n'était pas seule. Non, elle ne pourrait le cantonner à un ignorant sans se plonger elle-même dans la même candeur. Son ton était peut-être doux mais il en avait perçu un tout autre sentiment. Peut-être devrait-il s'en aller ? Le goût de partir lui traversa l'esprit. La parole était devenue difficile et Ezel avait fini par penser que son instinct l'avait trompé, qu'elle ne lui apporterait rien de bon.

Son talon appuyait déjà dans le sol pour se lever lorsque la cartomancienne commença son art. Mais désormais, c'était fini... il n'attendait rien de plus qu'une simple lecture de cartes. Chose pour laquelle, il savait ne pas être venu. Chose pour laquelle, il ne pensait pas être surpris.

Pourtant dès les premières cartes, il devait bien admettre que ces petits bout de carton avait plus de jugeote qu'il ne le pensait. A la fois mal à l'aise qu'elle pointe du doigt des vérités et impressionné par cette capacité d'interprétation, le messager se calfeutra dans un silence stoïque, n'affichant plus que de la neutralité sur son visage sévère. Il ne s'enhardirait pas à la questionner pour savoir comment elle faisait ça. Il ne dirait rien qui puisse la laisser à penser qu'elle avait vu juste. Il continua d'écouter les cartes suivantes.

Elle retournait une nouvelle carte. Les symboles ne lui parlait pas. Ce n'était pour lui que des dessins d'ornements et dès lors qu'elle mit des mots sur la représentation de la carte, ses doigts se crispèrent sur son genou. Il baissa un instant les yeux. Fanny lui manquait mais la cartomancienne faisait erreur sur un minuscule détail, il n'ignorait pas son destin. Fanny était morte. Fanny avait été kidnappée, était devenue la prostituée des Boldwin et était morte parce qu'un homme trop faible n'avait pas su la protéger. Et lui, pauvre diable dans tout ça, n'avait pas pu arriver plus vite. Oh comme il s'en voulait pour ça ! L'envie lui vînt de laisser éclater une colère mais la rousse n'y était pour rien dans les mots qu'elle choisissait. Il lui semblait inhumain de s’accommoder de la mort de sa sœur. Comment aurais-t-il pu ? Dans son esprit, c'était clair, on l'avait tué !Il ne demandait que justice ! Mais personne ne s'était soucié de Fanny et il avait décidé de faire justice lui-même.

Le masque impassible était parfois difficile à tenir. Même s'ils ne parlaient pas directement de ces douleurs, même si les cartes faisaient remparts à ce qu'il pouvait avoir au fond de lui, c'était sans doute la première conversation qu'il avait sur le sujet. C'était sans doute la première fois où sans dire un seul mot, il expliquait pourquoi il était l'homme que la Duchesse avait en face d'elle.


_ Continue...

Le plus douloureux était sans doute passé. Et s'il s'arrêtait maintenant, il réduirait sa vie à cet unique aspect d'échec. Elle lui avait parlé du passé... il espérait qu'elle lui donnerait des perspectives d'avenir. Il avait essayé de se reconstruire malgré tout... s'offrir un nouveau nom, une nouvelle vie qu'il construisait à pas lents mais dont il tenait toujours l'effort.

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De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ? [PV Ezel]

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