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 Expiation et pardon. [Ninon] Terminé

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MessageSujet: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Mar 26 Mar - 18:48

Cela faisait quelques semaines que j’étais arrivé au Manoir des délices et jusqu’à présent tout s’était bien passé.

Au début, j’avais cherché à me faire engager parmi le petit personnel, mais le risque de croiser Juliet était par trop important.
Elle m’avait bien fait comprendre lors de notre dernière rencontre que la mort de son mari ne changerait pas notre situation. J’avais pourtant espéré. J’étais pourtant persuadé qu’il était le seul frein à ce que nous formions une famille unie avec notre fils William.
Nous nous étions séparés avec un goût amer. Je n’avais rien dit. Car j’avais compris.

En fait, elle était tellement emprisonnée dans son carcan de convenances et d’aprioris qu’elle ne pouvait ouvrir les yeux sur la pureté de notre amour. La peur serrait son cœur de femme instillant le doute tel un poison insidieux et cruel.

La distance lui permettrai sûrement de se rendre compte de ce fait, néanmoins je ne me sentais pas le courage d’attendre avec cette mer nous séparant. Aussi lorsque sa chambrière m’annonça son départ, je me fis immédiatement engager parmi les mousses pour la suivre dans cette traversée.

J’avais emporté avec moi toutes mes économies, bien maigre il faut l’avouer et arrivé en France c’est d’une façon fort surprenante que je rejoignis la capitale. Un laquais de son équipage ayant contracté une fièvre maline, je le remplaçais au pied levé, faisant la même taille.
Dieu me prouvait une fois de plus son amour et la justesse de mon entreprise. Il a toujours veillé sur moi. Elle ne me remarqua point. Peut être cela valait-il mieux. Si elle m’avait interdit de la suivre et n’ayant pas l’adresse exacte, peut être n’aurais je pas pu la suivre de ce fait.

ors de notre chevauchée, je pu à loisir la contempler par le petit œilleton arrière du carrosse tandis qu’elle rêvait, assoupie, sur les coussins. Qu’elle est belle.

Quoi qu’il en soit arrivé sur place, aucune place de domestique n’était disponible et l’une des servantes me lança qu’ils cherchaient par contre des mignons. N’étant pas familiarisé à toutes les subtilités du langage français, j’acceptai avant de comprendre de quoi il en retournait. Ensuite, il était trop tard pour reculer. Je suis prêt à tous les sacrifices pour Juliet, quels qu’ils soient et quoi que cela me coûte.

Après la visite médicale d’usage, mes premières clientes furent de vieilles dames avides de corps frais et jeunes. Je leur en ais donné pour leur argent. Tromper, mentir, je sais faire. Lorsque je pense que ces vieilles décaties, morte en puissance, touchant mon corps de Lord, cela me révulse, mais pour conserver la proximité de mon amour, je m’y plie avec le sourire et de tendres promesses sur mes lèvres. Je ne trompe pas Juliet, je fais ce qui doit être fait pour qu’en fin de compte nous soyons de nouveaux unis, néanmoins je commets le péché de chairs avec des femmes mariées et de cela je dois rendre compte à Dieu. C’est pourquoi je suis ici dans la petite chapelle attenante au manoir.
La petite dépendance aménagée est suffisante pour accueillir ma repentance. De nuit, alors qu’il me semble que tous les autres sont couchés, je suis venu avec un martinet que j’ai emprunté dans la salle des supplices.

Après avoir prié en rémission de mes actes charnels, j’ai dégrafé ma chemise et l’ai baissée jusqu’à ma taille. Je dois mériter le pardon du très haut. Sans retenir mon bras, la force de l’habitude guidant ma poigne je lance les lanières de cuir à l’assaut de ma chair, frissonnant sous la douleur.
La brûlure est intense, cela fait des semaines que je n’ai plus expiées de la sorte.
Coups après coups, je sens mon dos s’ouvrir sous les intenses brûlures provoquées par les sillons. Je souffre. Oui. Mais chaque souffrance emporte avec elle un peu du lourd fardeau de mes péchés en pénitence des actes impurs que mon amour m’oblige à commettre.



Dernière édition par Keith Forbes le Dim 28 Avr - 9:02, édité 1 fois
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Ninon Saint Georges

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Dim 31 Mar - 14:37

Encore une soirée qui se termine, je me demande comment je fais pour accepter. Chaque jour est sur le même schéma, le matin je me dis que ce sera le dernier jour, la dernière fois que j'accepterai d'être vendue pour quelques sous, et chaque soir devant le client je deviens une esclave qui obéit à chaque ordre donné, sans jamais me rebeller. Le pire est lorsqu'ils s'assoient sur le lit et me demande de me tenir bien droite devant eux. Le pire est lorsqu'il me demande de m'effeuiller jusqu'à me trouver dans toute ma vulnérabilité devant leurs yeux mauvais.

Je n'aime pas ce moment où par leur regard ils me montrent que je ne suis qu'un objet. Je n'aime pas quand ils se repaissent de ma gêne quand ils réclament que je me caresse. Je préfère encore qu'ils soient sur moi, qu'ils le fassent eux, cette profanation de mon corps et de mon coeur.

Je fais ce que je peux pour ne pas crier, même quand ils me font mal par simple plaisir, je ne veux pas que ma détresse passe la porte, même si je sais que les hublots montrent ma déchéance.

Ce soir j'ai à nouveau été souillée, a tel point que moi qui ne prie plus dieu depuis longtemps, je me retrouve à marcher d'un bon pas vers sa maison. J'ai besoin de la chaleur des cierges, de la solitude de la chapelle, avant de pouvoir regagner mon lit, avant de pouvoir m'endormir.

Dans mes yeux il y a encore toutes les horreurs que j'ai dû faire, sur ma peau il y a encore le souffle chargé d'alcool de cet homme qui m'a pris pour cible. Je n'ai même pas pris le temps de me laver, j'ai simplement eu la force de courir. Partir, sortir, m'éloigner juste un moment, me retrouver seule et pouvoir m'agenouiller devant dieu pour lui demander pardon. Lui demander de m'aider aussi même si je ne crois plus en lui.

Ce soir, j'ai besoin d'y croire, de croire que cela cessera un jour, de croire que tout finira.

Ce soir, même à Dieu je lui laisse un chance, une chance de me voir encore souillée, lui demandant son aide et sa miséricorde.

J'ai couru, oui, j'ai couru aussi vite que j'ai pu, avec la force qu'il m'a laissé. Avec la rage dans le coeur, avec l'envie de tout laisser. J'ai couru me réfugier, j'ai dévalé les escaliers, suis sortie du manoir comme une furie, et parcouru les jardins sans même les regarder. J'ai cherché un endroit pour m'écrouler dignement.

La porte était ouverte, je n'y ai pas prêtée attention. Je ne me suis pas aperçue qu'il était là, pas vu qu'il faisait cela. Lorsque je me suis arrêtée, interdite, à quelques pas de lui, j'ai voulu crier, j'ai voulu hurler, lui dire d'arrêter. Mon cauchemar m'avait suivi, ma vue se troublait. Pas devant Dieu, pas celui qui devait m'aider. Lui ne pouvait pas laisser faire cela, il ne pouvait pas accepter chez lui !

Je me suis agenouillée, devant tant d'horreur, je n'ai pas pu rester debout à regarder. Je crois que c'est à cet instant que mes larmes n'ont plus voulu rester confinées dans mon corps. Tout ce sang que je voyais, et lui qui continuait, à se flageller devant moi. Je me suis rappelée des marques sur mon corps, du sang qu'il m'a fallu versé, je n'ai pas compris qu'il pouvait faire cela de lui même. Vouloir souffrir, devant dieu lui même.

Même mes larmes n'ont sû cacher le spectacle à mes côtés, mes yeux se sont simplement remplis de sang, et j'ai crié, hystérique. Dans un rejet de tout, de lui devant moi qui m'obligeait à voir cela, de moi qui restait là, de tous ceux qui aimaient cela. Je ne voulais plus souffrir, plus voir souffrir, plus vivre si vivre c'était souffrir.

- Arrêtez !!!!

Je me suis pris la tête dans les mains, j'ai continué à crier à travers mes larmes, je ne voyais plus s'il avait cessé, s'il était parti ou s'il continuait. Je voulais être ailleurs, dans mon lit, sous la terre, dans un trou, mais pas là.

- Dieu tu m'as abandonnée ! Encore une fois, j'ai cru en toi. Tu es pire que le diable si tu acceptes que l'on se tue devant toi !

Je ne pouvais plus m'arrêter, ne me rendant pas compte que je profanais les lieux, moi encore remplie de la souillure de mes méfaits de la nuit. Il s'est arrêté je crois, mais moi je ne le pouvais pas.

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Mar 2 Avr - 22:15




Je ne l’ai pas entendue arriver. Concentré sur mon acte d’expiation, je donne méthodiquement les coups qui offrent à Dieu, la preuve de mon repentir.

Son cri a retenti dans le chœur de la chapelle où seul le claquement des lanières sur ma peau scandait les battements de mon cœur dans le silence religieux.

Immédiatement, je me retourne et découvre cette tout juste femme qu’il me semble avoir croisé une ou deux fois dans les couloirs, ou peut être au réfectoire depuis que Françoise m’oblige à y venir prendre mes repas.

La colère jaillit dans mon être pour cette interruption et la violation du secret de mon œuvre avant de s’étioler face au désarroi de la jeune fille.

Lentement, je pose le fouet sur la cape qui me recouvrait à mon entrée en ce lieu saint et que j’ai prévu pour cacher les meurtrissures de mon acte expiatoire. Je m’en voudrai de souiller de mon sang les pavements de cet endroit de prière.

Je me lève et vais jusqu’à cette pauvre âme qui se désespère. L’entourant de mes bras, je la berce, cherchant à calmer cette enfant qui ne comprend pas ce que je fais.

« Allons, allons tout doux…. »

Je lui parle en français, dans la langue qu’elle a elle-même utilisée. Je ne devrais pas. Je passe pour parler et comprendre très mal la langue du pays mais elle en a suffisamment vu pour m’apporter des ennuis. Je doute que les propriétaires du Manoir apprécient les mignons qui portent eux même atteinte à leur propre corps. Il s’agit de leur outil de travail et l’abîmer revient lui faire perdre quelque peu de sa valeur.

« Ne pleurez plus. Je vais bien. Cela a l’air bien plus grave que ce ne l’est en réalité. »

Avec douceur, je saisis son menton entre mon pouce et mon index et le relevant, baise son front. Sans grimacer malgré les brûlures que m’imposent l’état de mon dos.
La redressant, je la conduis jusqu’à un banc où je la fais asseoir. Je prends place à ses côtés et conservant ses mains entre les miennes je les réchauffes tant elles me paraissent glacées.

« Dieu est amour et bonté, mais pour sauver les hommes, il a envoyé son fils se sacrifier. »

Je cherche à capturer son regard et offre un doux sourire.

« Je suis ici pour expier les péchés de chair mais je vous en conjure, si ce que vous venez de voir sort de l’enceinte de ce lieu saint, je risque d’être renvoyé et je ne puis me le permettre. »

La sincérité impose une fébrilité non feinte à ma voix. Serrant un peu plus ses mains dans les miennes tout en prenant garde de ne pas la blesser, je l’implore.

« Je vous en supplie. Ne dites à personne ce que vous avez vu. Cela ne doit rester que dans la maison du seigneur. »
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Ninon Saint Georges

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Dim 7 Avr - 9:51

J'ai continué à me balancer d'avant en arrière, accablée de douleur et d'incompréhension. Ses mains étaient venues se poser sur mes épaules tandis qu'il s'accroupissait devant moi. Je n'ai pas ouvert les yeux, n'ai pas cherché à le regarder. Je voulais rester cloîtrée dans ma détresse, ne plus rien voir, oublier jusqu'à sa présence.

L'odeur de son sang, cette odeur de malheur, je la connaissais trop bien. Les larmes essayaient pourtant de m'isoler de l'extérieur, de bloquer toute senteur, mais mon cerveau reconstruisait de lui même les sensations. Celles que j'avais cru oublier, celles que j'avais enfouies au fond de moi.

Je me suis rappelée cet homme qui m'avait lacérée, me laissant au seuil de la mort, parce qu'il avait cru avoir se droit, de me détruire. Il lui avait pris l'envie de me faire mal, de me tenir en son pouvoir, de me montrer que je n'avais d'autre choix que de me tenir recroquevillée et d'obéir. Cet homme n'avait pas été puni, pourtant tout le monde savait qui il était et ce qu'il m'avait fait. Il payait bien, et c'était tout ce qui importait. J'avais appris à lui obéir, je laissais dorénavant mon âme devant la porte, me murant dans le silence, ne voyant pas, ne respirant pas, ne ressentant rien qu'un profond vide. Ce qu'il me faisait je le laissais s'écouler sur ma peau lorsque l'eau froide venait purifier mon corps.

Mais ce soir j'avais été si écoeurée, si rabaissée, que même l'idée de cette eau sur mon corps n'avait pas suffit à empêcher mon coeur de se retourner.

Alors que cet homme me berçait, je me laissais aller contre son épaule, inondant sa peau nue de larmes qui ne voulaient pas tarir. J'avais l'impression que mon coeur allait quitter mon corps, se vider sur le carrelage bien propre de la chapelle. J'avais l'impression d'être déjà totalement vide. Les larmes s'échappaient et je continuais à vouloir ses bras autour de moi. S'il me lâchait j'allais tomber, m'évanouir, et ne plus me relever. S'il me lâchait, je m'agripperais à lui, avec toute la force du désespoir, pour que la chaleur de ses bras viennent réchauffer mon corps glacé.

Il m'a soulevée le menton, j'ai fais comme j'avais toujours fais. Je l'ai laissé faire. Son geste était doux, sa voix était chaude et de nouveaux sanglots se sont échappés de ma gorge. Pourquoi fallait-il que cet homme qui aimait voir le sang couler soit celui qui me fasse pleurer des larmes de reconnaissance.

Il m'a relevée, je n'ai opposé aucune résistance, je ne l'ai pas aidé. Une marionnette dans les bras du marionnettiste, qui se laissait aller contre son corps, n'ayant aucun autre appui pour tenir debout.

Assise, j'ai commencé à grelotter, ses bras ne m'enveloppaient plus. Ses mains essayaient de réchauffer mon sang glacé, mais toute la chaleur avait quitté mon corps, même mon regard n'avait plus d'éclat de vie. Il m'a souri, mes lèvres n'ont pas réussi à lui répondre. Elles n'étaient plus capables ni de laisser passer un son, ni de sourire, ni de grimacer, elles étaient amorphes comme tout le reste de mon corps.

Je l'entendais m'expliquer qu'il n'avait pas eu trop mal, qu'il faisait cela en mémoire du fils martyr, mandaté par Dieu son père pour souffrir sur la terre. Je ne pouvais pas entendre cela, pas comprendre que certains doivent souffrir pour que les pêchés des autres soient absous.

Il me demandais de ne rien dire de ce que j'avais vu, je hochais la tête dans un signe de négation. Ce secret sera enfoui dans mon coeur, il le fera saigner mais il le gardera.

Ses mains étreignaient les miennes, il me faisait un peu mal à les enserrer ainsi, mais cela m'était bien égal. Je me sentais si lasse, si vide, si incapable de penser, que sans m'en apercevoir ma tête est retournée se nicher contre son épaule, recherchant un peu du réconfort qu'elle lui avait donné.

Quelques secondes passèrent en silence, ou peut-être plusieurs minutes, je ne sais plus. J'ai alors ressenti le besoin de comprendre. Toujours le visage caché contre lui, respirant sa peau humide de mes pleurs, j'ai bougeai mes lèvres, et lui ai murmuré

- Pourquoi ...

J'avais envie de ses bras, j'avais envie qu'il me tienne bien au chaud contre lui, j'avais envie de conserver son odeur pour supprimer celle de mon tortionnaire.

- Souffrir ...

Les mots avaient du mal à franchir mes lèvres, mes sens bloquaient ma conscience

- Alors qu'il suffirait d'aimer...

Dieu est amour, dieu est tendresse, pourquoi lui demandait-il de souffrir. Il était homme, il était maître, il n'avait pas à s'agenouiller, pas à prier pour que cela cesse, alors pourquoi se faire du mal lui même.

- Pourquoi les hommes ne s'aiment-ils pas. Pourquoi faut-il toujours avoir mal.

J'ai guidé ma main vers ses plaies, senti les boursouflures.

- Votre peau est douce. Pourquoi la détruire.

J'ai effleuré son dos, senti tous les sillons, l'ai ressenti frémir sous mes doigts. J'ai reposé ma main au creux de son dos, là où aucune marque infamante n'avait abimé sa peau.

- J'ai mal pour vous

Je l'ai regardé à travers mes larmes. J'ai accroché son regard et n'ai pas pu m'en éloigner.

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Ven 12 Avr - 19:28

Qu’a-t-il donc bien pu arriver à cette pauvre fille pour qu’ainsi elle se laisse faire telle une enveloppe charnelle sans âme ?

Je la réconforte du mieux que je peux, accueillant sa tête au creux de mon épaule, caressant ses boucles claires et regrettant de ne pouvoir faire plus.

Son engagement à se taire ne m’étonne guère. Elle n’a rien d’une cruelle traîtresse et même si je sais qu’il faut se méfier des apparences, un lien de confiance s’est immédiatement tissé.
Ses questions lancées au ciel me contraignent à répondre de vive voix pour qu’elle comprenne.

« Dieu à envoyé sur terre son fils souffrir en rémission des péchés des hommes. Il est normal que si nous péchons il nous faille souffrir pour purifier notre âme. Jésus doit être un exemple. »

Si avant je pouvais par d’autres moyens racheter les morceaux de mon âme au Diable, je ne puis désormais plus m’imposer de jeûne, Françoise la cuisinière m’ayant bien fait comprendre qu’elle ne l’acceptera pas.

« Aimer son prochain. Respecter Dieu, c’est pouvoir se montrer pur devant ses yeux. »

Il y a en moi un tel engouement qu’elle ne peut douter de ma foi. Je sais que je suis convaincant.
Ses doigts effleurant mes blessures me font me raidir. Et si Dieu l’avait envoyé me tester ? Je frémis sous la douleur imposée mais je ne dis mot. Qu’il en soit ainsi. Je ne faiblirais pas. Et je ne céderai pas à la tentation.


« Le corps n’est que le véhicule de l’âme. Il est poussière et redeviendra poussière. Il ne faut pas lui accorder plus d’importance qu’il n’en a. »

Elle dit avoir mal pour moi. Si tel est le cas, alors je l’aide à purifier son être. Et ma présence n’est plus seulement guidée par mon amour pour Juliet, mais par la destinée pour que je change le cours de la vie de cette créature.
Je sais qu’elle a besoin de réconfort, aussi j’entoure ses épaules de mes bras, la laissant poser son épaule au creux de mon cou.

« Ne sois pas triste. Je fais ce qui doit être fait. »


J’aimerai qu’elle me comprenne. Je jette un coup d’œil au fouet posé au sol.
Si je lui demande de m’aider le fera t-elle ? Non, je ne crois pas. Elle semble trop douce. Néanmoins tout est possible.
Je laisse quelques secondes s’écouler, un courant d’air froid me fait frissonner. Je ne voudrais pas qu’on nous découvre ici. Je ne veux pas qu’on sache ce qui s’est passé ici. Je crois que ma pénitence pour ce soir est terminée.
A moins qu’elle n’accepte de m’aider dans mon chemin de croix ?

« Quel est ton nom ? Moi je suis Keith. »

Nous ne nous étions pas même présentés. Je répare l’oublie en rajoutant très vite.

« Personne d’autre ne sait ici que je parle aussi bien le Français. Jusqu’à présent j’ai été discret et cela aussi je voudrais que tu le gardes pour toi. Le feras-tu ? »

Je pense pouvoir lui faire confiance. Peut être que je me trompe, mais je ne crois pas. Je dépose un pieux baiser fraternel sur son front avant de cueillir de nouveau son regard et de lui demandant en lisant dans le miroir de son âme.

« Comprends-tu pourquoi j’expie ? »
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Ninon Saint Georges

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Dim 14 Avr - 16:03

Il voulait que je comprenne, que j'adhère à son expiation. Il m'était impossible d'accepter cela. Mon corps tout entier se refusait à le voir souffrir et mes mains s'agrippaient à lui dans une volonté de le retenir près de moi. J'ai suivi son regard lorsqu'il s'est tourné vers le fouet laissé à terre, je l'ai soutenu lorsqu'il est revenu se poser sur moi. Il n'y avait pas de méchanceté dans ses yeux mais j'ai eu peur quand même.

Il frissonnait, il avait froid, il était presque nu dans cette chapelle trop humide. Moi même je grelottais.

De peur...

Dans ses yeux il y avait tant de détermination, tant de certitude d'être sur le droit chemin, que j'ai failli renoncer. J'aurais pu partir, me dissocier de lui, l'abandonner à ses tristes pensées, et retourner aux miennes qui n'étaient guère plus enjouées. Je ne sais pas ce qui m'a retenu. Peut-être sa voix. Elle démentait ses gestes, montrait tant de douceur que j'ai refusé de m'en aller.

Je me suis simplement levée.

J'avais une idée en tête, une pensée venue, dictée par son discours.

Il avait dit qu'il fallait souffrir pour expier, lui l'avait fait et semblait aller si bien maintenant.

Je me suis déchaussée, j'ai laissé mes sandales près de lui et suis allé le rejoindre, ce dieu qui attendait.

De ses paroles, j'avais compris une chose, la seule importante, dieu existait et m'avait renié.

De ses mots j'en avais déduis la seule issue qu'il me restait, pour qu'il me reconnaisse enfin comme son enfant.

Comme un automate je me suis avancée, guidée par un halo qui s'était formé devant moi. Chaque pas, je l'ai fais pour lui, pour lui montrer que ce que je lui demandais maintenant c'était de me pardonner enfin et de m'aimer aussi...

La croix, Jésus, Marie, je me suis agenouillée tant de fois à cet endroit, tant de fois j'ai supplié. Ce qu'ils voulaient c'était voir mon sang, voir ma vie s'écouler pour eux, devant eux. Alors je me suis agenouillée une fois encore, je les ai regardé une fois encore, les larmes sur mes joues. J'ai laissé tomber le châle que je portais, et délacé la chemisette, dénudant mon buste jusqu'au bassin.

- Je me suis offerte à tous seigneur et vous ai oublié. Mon sang vous le voulez pour vous, je vous le donne, ici et maintenant.

Le fouet dans mes mains, je ne l'ai pas vu, des larmes obscurcissaient toute vision, toute pensée. Le premier coups j'ai retenu un cri, retenu mes larmes aussi, les deux sont partis se noyer dans ma gorge.

Non je ne comprenais toujours pas pourquoi il devait expier, non je ne comprenais pas ce que je faisais. Mais c'était la seule issue, ma dernière chance, pour que le ciel me voit enfin.

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Mar 16 Avr - 17:21

Même si elle ne se présente pas, même si elle ne répond pas à ma présentation, je ne peux lui en vouloir, au contraire. Je ne puis que la féliciter de sa conduite.
Possédée par l’esprit saint, elle se dirige jusquà l’endroit même où je m’étais tenu et s’agenouille sur les mêmes pavés.
Je lui souris pour l’encourager.

Après une courte prière, son bras sans faillir élève le chat à neuf queues dont les nœuds de cuirs sont encore humides de mon sang.

Je ne bouge pas sur son premier coup. Comme pour le second. Au troisième je viens prendre place auprès d’elle et lui prends avec douceur l’objet de notre salut en lui souriant gentiment. Cela suffit pour elle. Déjà, elle doit ressentir la brûlure de sa chair. Déjà des sillons carmins sillonnent la pureté de son dos. Oh, ils ne sont pas profonds, mais ce n’est pas là ce que demande notre seigneur Dieu. Tout comme il demanda dans le désert à Abraham de sacrifier son fils, tout comme il envoya le sien, Jésus Christ pour racheter le pécher des hommes, il ne veux pas voir l’acte poussé à son extrême. Les stries sanguines qui marquent son dos sont comme autant de chemins qui mènent au Paradis.

« Dieu t’a pardonné. Il ne veut que la preuve de ton abnégation. Ton seul péché est de chair. Moi, je n’ai pas terminé. Mes pensées aussi sont impures. »

Oui. Avoir fait ce que j’ai fait pour retrouver Juliette est mal. Je le sais. Et c’est pour cette raison que j’expie.
Le manche du fouet bien calé dans ma paume, je lance les lanières en arrière. Maudissant ce gémissement qui m’échappe.
Trois coups sont donnés, Trois dernier coups pour former le chiffre miraculeux de sept. Puis je pose l’instrument au sol. Je me rhabille en grimaçant, le tissus frottant mes plaies à vif.

« Voilà. C’est fini »

J’enveloppe dans un morceau de tissus bruns, de même couleur que celui que prendra notre sang séché dans quelques heures, puis le transport jusqu’à un mur de la chapelle où est descellé une pierre. Là je glisse mon arme rédemptrice et reviens m’agenouiller devant l’hôtel.

« Voulez-vous prier avec moi ? »

J’entame le Notre père et le Je vous salue Marie dans sa version latine. Au moins, je n’ai pas à me soucier de la barrière de la langue Française.
Ceci fait je l’aide à se relever et me rhabillant complètement je jette ma cape sur mes épaules. Grimaçant sur la pression imposée à mes blessures.

« Ne vous sentez vous pas plus légère ? Plus libre ? Sentez-vous l’amour que le fils de notre Seigneur Dieu, Jésus Christ, déverse sur votre tête ? Et celui de son père ? »

Je lui prends les mains et baise pieusement son front.

« Dieu vous aimes. N’en doutez plus. »

Nous avons fait ce qui doit être fait, nous avons exaucé sa volonté et grâce à cela, nos péchés sont absous. Jusqu’à la prochaine fois.


Dernière édition par Keith Forbes le Mer 24 Avr - 22:17, édité 1 fois
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Ninon Saint Georges

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Mar 23 Avr - 19:42

Dans cette chapelle, lieu de tous les pardons, je n'ai vu que l'horreur, je n'ai éprouvé que la peur, senti que l'odeur du sang. Dans ce lieu béni, j'attendais un signe, un rayon de lumière qui serait venu réchauffer mes épaules transies. Devant Dieu, je m'étais agenouillée, mise à nue, en espérant que ses mains viendraient m'entourer de leur protection. J'avais espéré qu'une autre femme naitrait, que je comprendrais enfin ce pourquoi j'étais née, ce pourquoi je vivais.

Je n'ai vu que le pire, je n'ai ressenti que de la douleur, souffert dans ma chair, et rien n'est venu m'apaiser. Mon corps s'est réchauffé des coups qu'il a reçu, mes épaules se sont couvertes de trainées de feu. La chapelle est restée baignée dans la pénombre, aucune lumière n'a percé la nuit.

Il est venu à moi, m'a regardé, a approuvé, m'a même souri. Nous étions l'un et l'autre dans la maison de Dieu et je l'ai écouté, m'enfonçant sous la terre au lieu de lever les yeux. Je lui ai fais croire que je priais à ses côtés, mes pensées allaient bien vers Dieu mais pour lui demander pourquoi !

Aucune réponse n'est venu des cieux et j'ai su que j'avais croisé Satan....

Ses yeux me feront peur jusqu'à la fin des temps...
Lorsque la nuit, je serais seule, je reverrai le regard qu'il a posé sur moi.
Lorsque la nuit, je chercherai le sommeil je me rappellerai qu'on s'est parlé.
Dans mes cauchemars il sera là, hantera mes jours et mes nuits.

Ses yeux...

De bleu azur ils étaient devenus aussi troubles que le ciel un soir d'orage.
Ses mains étaient glacées, son regard démoniaque.
Mes yeux ont tout vu, ils n'oublieront jamais.

Sa voix...

Elle était lointaine, presque mystique, trop sur de lui, trop loin de ce que j'espérais.
Ces mots ils m'ont fait peur, ils raisonnent dans ma tête, comme le glas prémisse de la mort.

Il me parlait d'amour, et je ne comprenais pas. Pour moi l'amour, c'était tendresse, c'était caresse. Se châtier pour mériter l'amour, souffrir pour être aimée, je ne comprenais toujours pas.

Je n'ai pas su quoi lui répondre, j'aurais simplement dû lui avouer ma peur.

Il m'a aidé à me relever, je me suis aperçue que j'étais encore demi-nue. Mes mains ont cherché une étoffe sur mes épaules, un bout de tissu à tirer, une seconde peau à revêtir. Mes doigts tremblaient, j'avais peur qu'il remarque ma peur, peur qu'il voit combien j'étais faible et incapable de lui échapper.

J'ai bredouillé quelque chose d'indistinct, un petit oui timide, je voulais simplement être tranquille.

Enfin mes doigts ont trouvé ma tunique, je l'ai froissée dans mes paumes, sans trouver le courage de la remonter sur mes épaules. J'ai laissé mes yeux baissés, j'ai laissé mes joues blanchir, et je suis restée plantée là, attendant que le sol s'ouvre pour nous engloutir.

Il a posé ses mains sur mes doigts j'ai cru qu'il avait compris combien l'effroi me paralysait. Mon front a accueilli son baiser, j'étais glacée. L'empreinte est restée sur ma peau, brulante comme un fer chaud. D'un pas j'ai reculé, j'ai essayé de lui échapper, mes mains sont restées dans les siennes, il les serrait trop fort. Ma tête s'est relevée, mes yeux se sont tournés vers lui, et il m'a kidnappé, je suis restée prisonnière de son regard. Mes lèvres entrouvertes sont restées muettes, seule ma gorge a laissé passé un son venu de l'au delà, un dernier sursaut pour lui échapper.

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MessageSujet: Re: Expiation et pardon. [Ninon] Terminé   Dim 28 Avr - 9:02

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Expiation et pardon. [Ninon] Terminé

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