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 Et si Dieu nous entendait [PV Juliet Abbott]

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Ninon Saint Georges

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MessageSujet: Et si Dieu nous entendait [PV Juliet Abbott]   Mer 26 Déc - 14:42

Il était encore très tôt ce matin quand le sommeil me quitta.

Les yeux à peine ouverts je m’étais glissée hors du lit, un rapide regard sur celui d’à côté m’ayant assuré que Dawn était bien là. Je savais qu’elle ne voulait qu’une chose, quitter cet endroit, et chaque matin la même peur m’étreignait. Si elle arrivait à s’échapper, je serai à nouveau seule et j’avais beau savoir que cette pensée n’était pas charitable, je ne pouvais m’empêcher d’espérer qu’elle n’y arriverait jamais.

Elle souffrait pourtant mais j’espérais de tout mon cœur qu’elle finirait par s’habituer à cette nouvelle vie pour elle. Les Boldwin n’étaient pas tendre avec elle et elle ruait comme un cheval sauvage cherchant tous les moyens pour se libérer du licol qu’ils lui forçaient à porter. Eux, resserraient jour après jour la corde pour la contraindre à accepter l’inacceptable. Peut-être aurais je pu l’aider à accomplir son vœu le plus cher mais c’était impossible, c’était trop me demander.

Elle était si belle ainsi endormie, et une fois encore mon cœur se serra à l’idée de la perdre. Le drap avait un peu glissé dévoilant ses épaules nues, et comme une mère, tout doucement, j’ai remonté la couverture pour qu’elle n’attrape pas froid. Elle bougea un peu sous la caresse et je retirais mes mains aussitôt pour ne pas la réveiller.

Tout doucement, sans faire le moindre bruit, je pris mes affaires et sur la pointe des pieds je quittais le dortoir. Un dernier regard en arrière pour m’assurer que personne ne m’avait entendue et j’étais dans le couloir.

Pieds nus je remontais les portes à tâtons pour atteindre celle de la salle de bain, en espérant que les domestiques avaient déjà rempli la baignoire d’une eau bien chaude. Sinon ce serait celle glacée de la veille au soir qui m’attendrait. J’étais habituée à ne pas me plaindre et bien souvent je devais attendre que toutes aient pris leur bain pour avoir enfin le droit de m’asperger du peu d’eau qu’il restait.

Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais levée de si bon matin. Souvent, la nuit éprouvante que j’avais passée me contraignait à rester alitée une bonne partie de la matinée, avant que je puisse trouver le courage de faire quelques pas hésitants. Quelquefois c’étaient les filles qui me jetaient au bas de ma literie pour s’amuser et me regardaient me trainer sur le sol, recherchant mes effets qu’elles avaient éparpillés dans la salle tout en se gaussant de mon infortune.

Je faisais l’indifférente mais j’avais le cœur gros de toutes ces misères que l’on m’infligeait jour après jour. Ce matin était bien différent. Le client de la nuit avait été plutôt doux, il ne m’avait pas frappé, il s’était contenté de m’humilier en me traitant comme une esclave avec laquelle il pouvait jouer sans limite aucune. Je m’y étais prêtée car dans sa voix j’entendais une menace qu’il n’avait pas à m’expliquer.

Enfin la porte de la salle de bain, j’allais pouvoir profiter de ces quelques instants de silence pour me ressourcer. La pièce était vide, les serviettes étaient bien alignées sur leur présentoir, signe que les domestiques étaient déjà passés. J’en pris une et me dirigeais vers le point d’eau où m’attendait un bain fumant encore. Je trempais un pied timidement pour jauger de la température puis me glissais tout entière dans cette eau providentielle. J’en aurais presque fredonné de bien être si je n’avais pas eu peur d’être entendue, mais tout à une fin et je dus me résoudre à quitter ce havre de paix pour m’habiller. Après cette eau bouillante, l’air me sembla bien frais, mes gestes furent donc rapides et précis pour me sécher et m’habiller et en un tour de main je fus apprêtée.

Je refermais la porte de la salle de bain pour ne pas laisser échapper la chaleur lorsque je décidais de continuer cette matinée qui avait si bien commencée en allant rêver dans les jardins. La rosée devait m’attendre et même s’il faisait un peu froid de si bon matin, il serait agréable de se promener dans les allées qui se mettaient en sommeil dans l’attente de l’hiver qui serait bientôt là.

Je déambulais rêvassant d’une autre vie, de mon autre vie, celle de mon enfance, celle des jours heureux. Mes pas me guidaient, je les laissais décider du chemin à emprunter, l’esprit ailleurs je respirais le bon air des jardins mêlé d’humidité.

Un peu plus loin se tenait une chapelle, j’y étais allée souvent, non pas pour prier ne croyant plus à aucun dieu, mais pour y chercher un peu de calme et je savais qu’à cette heure ci personne n’aurait l’idée de venir me déranger. Je voyais déjà la porte en bois qui jointait mal, je savais qu’il faudrait tirer un peu pour l’ouvrir et que les gongs grinceraient sous l’agression. A l’intérieur, le soleil à peine levé n’aurait pas encore réussi à traverser les vitraux et aucun cierge ne serait allumé. J’aimais cette pénombre, le calme qui s’en dégageait, les bancs qui devenaient lieux de repos, les statues qui se tenaient bien droites bravant le clair obscur. Il y régnait une atmosphère particulière dans le petit matin, une vraie atmosphère de paix, et s’immerger ainsi c’était presque prendre un second bain pour se purifier totalement.

Toute à mes pensées je n’avais pas vue une silhouette qui venait par la droite. C’était une femme, je la voyais de dos et ne pus l’identifier par ses habits. Elle était déjà arrivée devant la porte mais ne semblait pas connaître le mécanisme pour ouvrir cette têtue. Elle tirait et tirait mais la porte ne souhaitait pas s’ouvrir. Je me précipitais à son secours.


- Attendez je vais vous aider ! Cette porte est bien capricieuse, surtout lorsque l’humidité de la nuit a fait son œuvre. Tournez la poignée à contre sens puis dans le sens des aiguilles d’une montre, tirez brusquement vers vous et la têtue s’ouvrira.

Pendant que je parlais je cherchais à deviner qui était à mes côtés et si je recevrais un coup de cravache en guise de remerciement.

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MessageSujet: Re: Et si Dieu nous entendait [PV Juliet Abbott]   Ven 4 Jan - 14:32

« Je suis Juliet Abbott, amie d’Amélia Boldwin. Je suis là pour quelques temps, considérez-moi comme elle. »

Un clignement d’yeux plus tard, je recommençai.

« Ravie de vous rencontrer. Je m’appelle Juliet Abbott, je suis la meilleure amie d’Amélia, et en quelque sorte sa nouvelle associée. »

Plantée devant mon miroir, je me dévisageai. Allais-je paraître suffisamment crédible dans ce rôle ? Un soupir.
Ce rôle, je l’avais déjà rempli. Rencontrer les employés du Manoir ne serait pas bien différent que la rencontre de mes domestiques au lendemain de mon mariage, tâchais-je de me persuader. Néanmoins, je ne pus trouver le sommeil après m’être couchée au son de la vie de l’établissement. J’entendais les voix s’atténuer, les mouvements se stopper. Mais si l’activité des filles voyait sa fin avec les premières heures de l’aube, c’était pour être remplacée par celle des domestiques chargés de tout nettoyer. Le Manoir ne dormait jamais vraiment complètement.
Aussi ne me gênais-je pas pour appeler une femme de chambre alors que le jour n’était même pas encore levé.


« Prépare-moi un bain », commandai-je. Pendant qu’elle se dirigeait vers la salle d’eau attenante à ma chambre, je tirai d’une de mes malles la robe que j’avais prévu de porter ce jour. J’avais eu tout le temps d’y songer, entre mes phases de veille et de sommeil, ainsi que de m’imaginer comment se dérouleraient les présentations avec le personnel.

« C’est prêt, Madame », m’annonça la voix qui me tira de mes pensées.

« Merci », répondis-je en prenant la direction de la porte qu’elle venait de traverser. Je n’attendis pas qu’elle ait quitté la chambre pour afficher mon corps entièrement nu, mais ce fut seule que je m’arrêtai à nouveau devant le miroir. J’étais fière d’avoir retrouvé mon corps aussi intact qu’avant ma grossesse, mais je me désolai d’avoir mis fin à toutes mes aventures sentimentales. Il n’y avait plus que moi pour me regarder. Qu’avais-je donc fait là ?

Je me repris rapidement, n’ayant pas envie que refroidisse l’eau qui m’attendait. Je m’y plongeai avec délice et m’y délassai, jusqu’à ce que la température ne me convienne plus. A ce moment, je sonnai de nouveau une domestique, afin qu’elle vienne m’aider à nouer mon corset.

Premiers pas dans le Manoir encore à moitié endormi. Je mesurai la chance que j’avais de pouvoir explorer les lieux, seule pendant quelques heures. Curieusement, c’est par l’extérieur que je me sentis attirée. Je n’étais pas encore allée dans le parc, ayant été directement dirigée vers les appartements d’Amélia dès mon arrivée. Et quel meilleur moment que l’aube pour sortir profiter de l’air frais, sans personne pour vous suivre ? Aller dissiper, face au lever timide du soleil, les brumes de la nuit. Recouverte d’une cape crème, je sortis.

Le parc me plaisait énormément. Une grande étendue de verdure en plein cœur de la ville, parsemée ici et là de petits bosquets. Et d’une petite chapelle.
Une chapelle, chez Amélia ? L’idée était fort amusante. Je me demandais qui pouvait bien la fréquenter. Tous ses employés étaient déjà perdus. Quant aux clients, ils avaient dû perdre en ces murs plus que leur âme.
Néanmoins, je me dirigeai d’un bon pas vers la bâtisse, afin de vérifier son état de délabrement intérieur. Si elle n’était plus qu’une ruine, je comprendrais mieux sa présence. Peut-être certains clients avaient-ils des lubies qui les guidaient là comme dans une chambre et s’adonnaient-ils là à la provocation la plus extrême ?

La poignée de la porte semblait grippée. Cela commençait bien.
Une petite voix me parvint alors comme un secours inattendu. Silencieuse, je fis ce qu’elle me conseillait, et bientôt la porte s’ouvrit sur un intérieur sombre, désert, respirant la quiétude.

Moi qui avais espéré être seule, je me forçai toutefois à offrir toute mon attention à la personne qui m’avait rejointe. Mon visage orné d’un petit sourire reconnaissant se tourna alors vers la jeune fille, et lui murmura un aimable remerciement.
J’aurais pu continuer, engager la conversation, maintenant que les premières barrières étaient franchies ; lui demander depuis combien de temps elle était au Manoir, quel était son rôle ici, si elle venait souvent à la chapelle… Mais aucune de toutes ces questions ne put franchir mes lèvres. Je connaissais ce regard, je connaissais ce visage. Et cela me troubla.
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Ninon Saint Georges

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MessageSujet: Re: Et si Dieu nous entendait [PV Juliet Abbott]   Dim 6 Jan - 18:04

Lorsque la porte s'ouvrit une rayon de lune traversa un nuage et vint éclairer le visage de celle qui me faisait face, comme si l'astre me disait "regarde celle qui est devant toi". J'ai reculé, non de peur mais de surprise. Celle qui était à mes côtés avait déjà croisé mon chemin j'en étais sûre, je savais même où et quand. Ce jour là, c'était la fête, tout le monde était réuni, c'était le mariage d'Amélia et sa meilleure amie avait été invitée.

J'ai essayé de me rappeler son nom mais rien ne m'est venu à l'esprit, je me suis juste souvenue qu'elle m'avait parlé. J'étais si jeune à l'époque, je croyais encore que la vie était tout en couleur, et que le rose dominait toutes les autres. J'avais ris, j'avais même dansé, mes parents étaient là et l'avenir devant moi. C'était devant le buffet que la rencontre avait eu lieue, j'étais en train de me servir, ou plutôt j'essayais d'attirer l'attention du serveur qui refusait de me voir. Elle était venu à mon secours, m'avait demandé ce que je voulais, et avait réclamé au serveur les quelques denrées que je convoitais. Je m'étais retrouvée avec une assiette débordant de biscuits dans la main droite et un verre d'orangeade dans la gauche. Je l'avais remercié avant de n'y plus penser, j'avais ensuite appris son statut auprès d'Amélia.

A cette époque je n'existais pas au regard de la future Mme Boldwin, j'étais moins qu'un moineau, moins que la motte de terre que l'on écrase en passant sans savoir qu'on vient de tuer deux fourmis sans y penser. Le temps avait passé et j'étais toujours aussi peu importante que cette motte de terre, mais maintenant elle marchait en sachant que dessous il y avait une âme à blesser.

Pendant que je regardais ainsi celle qui me faisait face, je me demandais si elle avait changé elle aussi, si elle était devenue aussi dure et froide que son amie. Ce dont j'étais sûre c'est qu'elle était encore son amie, sinon que ferait-elle ici ?

Trop de secondes avaient passé, il fallait que je réagisse, alors je me suis présentée pour rompre le silence, et aussi pour savoir si elle savait...

- Je m'appelle Ninon, Ninon Saint Georges, je suis la nièce d'Amélia. Je crois que l'on se connait

Je faisais la maîtresse des lieux, moi qui était la soubrette au mieux. Je ne lui ai pas laissé le temps de parler, j'ai repoussé la porte en faisant grincer les gongs, jusqu'à ce qu'elle soit grande ouverte, pour que les premiers rayons du soleil viennent baigner l'intérieur qui se réveillait doucement. En ce lieu, rien ne pouvait arriver de mal, rien ne pouvait profaner cette chapelle, enfin je l'espérais. Je suis rentrée dans l'espoir que l'obscurité qui régnait encore à l'intérieur cacherait mon trouble, car je ne savais plus que dire. J'ai fais comme si, tout en sachant qu'elle savait certainement ma place auprès d'Amélia.

- Vous êtes venu voir Amélia, vous pensez rester longtemps ?

Je déambulais lentement dans les allées, sans but, sinon celui de ne surtout pas s'arrêter, de ne pas la regarder, de ne pas lire dans ses yeux ce qu'elle était devenue.

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MessageSujet: Re: Et si Dieu nous entendait [PV Juliet Abbott]   Mer 8 Mai - 16:04

Si j’avais voulu parler, ma voix aurait certainement tremblé. Oh, juste un peu. Il n’y avait là rien de catastrophique. Je connaissais cette jeune fille, voilà tout. Son visage si doux me raccrochait à mon âge insouciant, me renvoyait mon passé. J’aurais même été heureuse de la voir… si je ne voyais pas par le regard d’Amélia.

C’est lors de son mariage que j’ai rencontré Ninon, elle n’était encore qu’une enfant, je n’étais pas vraiment une adulte. Je n’avais jamais entendu parler d’elle auparavant. Amélia n’avait pas pris la peine de me la présenter, trop occupée à être la reine de la journée, l’objet de toutes les attentions. C’est en me renseignant auprès d’autres convives que j’appris l’existence d’une nièce. Et je pensais que je n’en entendrais plus jamais parler après cette journée. Mais je m’étais trompée.
Aujourd’hui je restais silencieuse et la laissai engager la conversation, trop concentrée pour ma part à conserver intacte mon apparence inébranlable, et cacher mon hésitation sur l’attitude à adopter.

Elle prit la parole, comme je m’y attendais. Mais pas pour dire ce que j’espérais. Je ne savais pas trop ce que je voulais. Pas parler du passé, en tout cas, ni de sa tante. Je crois que je voulais la couper dans ses présentations. Je ne voulais pas qu’elle reste ici avec moi. Et pourtant, les lois de la politesse et peut-être une force supérieure m’intimèrent de lui répondre.


« Je sais », dis-je d’une voix basse, mais néanmoins pressante et tranchante. « C’est exact, nous nous connaissons. Je suis Juliet Abbott, anciennement Montgomery. »

Je ne répondis pas immédiatement à sa question, toutefois, parce que je n’en connaissais pas la réponse. Combien de temps pensais-je rester ici ? J’étais venue à la demande d’Amélia, je n’en partirais que lorsqu’elle n’aura plus besoin de moi. Cette indécision m’arrangeait bien ; j’avais laissé en Angleterre des affaires avec lesquelles je ne tenais pas à renouer dans l’immédiat.
Tout en réfléchissant immobile sur le seuil de la maison du Seigneur, j’observais ce petit oiseau faite jeune femme s’enfoncer dans l’allée. J’aurais pu la laisser là, faire demi-tour et rejoindre l’antre du manoir. Mais je ne l’ai pas fait. Je l’ai suivie, marchant sur les petites flaques de lumière dessinées par le soleil matinal qui traversait les vitraux. Je me suis assise sur un banc et, alors seulement :


« Je suis venue voir Amélia, je suis venue l’aider dans la gestion de son manoir. »

Mes yeux se sont posés sur Ninon, sans ciller. Non, je ne craignais pas son jugement. J’étais plus fidèle à mon amie, à ma sœur de cœur, qu’à tout ce que pouvait penser une jeune fille que je connaissais à peine.

« Tu y travailles, je crois, tu dois donc bien connaître l’établissement. Si tu as des choses à m’apprendre sur son fonctionnement, sur les clients qui le fréquentent, ou tout autre détail, n’hésite pas à m’en parler. »

Ce n’était pas une question. Je savais qu’Amélia la faisait travailler comme les autres prostituées ou presque, ne désirant pas nourrir de bouche inutile. Je n’avais pas de honte à éprouver, je connaissais mon amie et je l’acceptais telle qu’elle était. Avec ses mauvais côtés.
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Ninon Saint Georges

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MessageSujet: Re: Et si Dieu nous entendait [PV Juliet Abbott]   Jeu 13 Juin - 18:58

Tandis que je marchais dans l'allée, mes oreilles restaient accrochées à la porte, écoutant les pas de cette femme qui me rappelait trop la vie que je menais avant. Je savais qu'elle me suivrait, non pas pour me parler - qu'avions nous donc à nous dire - mais parce qu'elle était venue dans cette chapelle pour y trouver un peu de quiétude, une espèce de solitude, et que partir lorsqu'on rencontre quelqu'un qui met votre projet à mal ne se fait tout simplement pas.

Ce que je cherchais à savoir en me concentrant tant sur ses pas, c'était bien quelle direction elle prendrait. Prendrait-elle le chemin de croix, chercherait-elle à allumer un cierge, contemplerait-elle la statue de la vierge ou bien choisirait-elle, comme moi, l'allée centrale. Elle avança comme un vaisseau traverse la mer, droit devant. Mais un froufroutement de soie m'indiqua qu'elle n'avait pas été longue à s'asseoir.

Je marchais d'un pas lent, peu attentive à ce que je faisais, trop tendue vers celle qui se savait épiée.

S'asseoir c'est un peu se retrancher, c'est prendre le temps de réfléchir, c'est ne pas se risquer à trop avancer.

Je restais donc debout seule, dos à celle qui avait maintenant tout le loisir de m'observer, à ne plus savoir que faire et que dire. Ce que j'avais compris, ce que je savais déjà, c'était que l'amie d'Amélia l'était restée suffisamment pour tout savoir sur ma condition. Oui, j'étais comme les autres, une prostituée, un corps à vendre, et elle était l'image de ma tante, sûre d'elle, et déjà à me mettre en porte-à-faux.

Car, que pouvais je bien faire dans cette allée à mi-chemin entre la porte et l'autel ! Continuer sur ma lancée, c'était la rejeter, couper cette conversation que ni l'une ni l'autre ne semblait vouloir continuer. Me retourner et lui faire face, c'était presque être rappelée à l'ordre, comme un chien revient à son maître lorsqu'il l'appelle.

Encore une fois je dus choisir entre affrontement et soumission, encore une fois mon corps a choisi pour moi.

J'essayais en me retournant sur sa voix de rester la plus naturelle du monde, mais comment rester naturelle quand on se sait jaugée !

Nos regards se sont croisés elle n'a pas cillé, j'ai baissé les yeux.
Elle me tutoyais déjà, le vouvoiement était pour moi.

Notre conversation était déjà biaisée, j'étais la domestique et elle la châtelaine.

A petits pas je suis revenue vers elle, j'ai choisi de m'asseoir de l'autre côté de l'allée. Un gouffre nous séparait. Ce monde que j'avais quitté, jamais il n'avait cessé d'exister. C'est moi qui n'y avait plus de place.

Alors que je la regardais, je ne pouvais m'empêcher de me comparer à elle. Elle était encore plus belle que dans mon souvenir. Elle avait maintenant un petit port de tête hautain, des yeux qui vous regardent en vous transperçant totalement, et ce ton dans la voix qui précise à quelle distance il faut se tenir. Devant elle, j'avais l'impression de ne pas avoir grandi, d'être restée cette adolescente qui ne savait que faire de son corps. Et de ses mains. Je n'avais pas besoin de les regarder pour savoir qu'elles étaient venues se rejoindre l'une et l'autre dans une marque d'anxiété.

Elle voulait que je lui parle du manoir, de ce qui s'y passait, de tout ce que je ne savais que trop. Moi, je voulais revenir au temps jadis, à ce mariage où tout était coloré et animé. Tout nous opposait, jusqu'à notre tenue.

J'avais l'air d'une sauvageonne dans ma petite chemisette, les cheveux dénoués, il ne me manquait plus que les pieds nus pour parfaire ma tenue. Elle était tout l'inverse, une reine sortie d'un conte de fée, tirée à quatre épingles, princesse jusque dans sa façon de se tenir bien droite sur le banc de bois dur qui l'accueillait pour quelques instants.

Elle semblait attendre qu'enfin je me décide à parler, m'examinant tout à loisir, sans marquer d'impatience. Je devais choisir mes mots, je ne savais pas exactement ce qu'elle savait, et lui parler de moi et de ma relation avec ma tante pouvait me porter préjudice, car immanquablement les mots que j'emploierais montreraient tous mes maux.

- Il n'y a que peu à dire, vous savez, il s'agit d'une maison close comme doivent en exister des dizaines à Paris. 


Rester dans la banalité était le mieux à faire. Pas de risque d'étalage de sentiments. La neutralité était mon seul espoir de sortir sans heurt de cette confrontation. Car je ne m'y trompais pas, si cette femme était venue aidée Amélia, bien vite elle épouserait ses idées et j'aurais sur le dos un nouveau tortionnaire.

Pour l'heure il fallait rester souriante, chercher à plaire. Qui sait, peut-être encore une fois me tendrait-elle la main pour me sortir de mon embarras, comme elle l'avait fait devant le buffet que je n'osais approcher.

- Je suis contente que ma tante ait trouvé une amie à qui confier une part de son activité, elle travaille beaucoup et elle doit avoir la tête à tout. Vous avez l'air de l'avoir bien sur les épaules, vous lui serez d'une grande aide, et pour cela je vous remercie.


Je pensais chaque mot que je venais de prononcer, car même si je pensais que ma tante était bien sévère avec moi, je savais aussi reconnaître ses qualités et savais combien elle se dépensait pour ce manoir.

Un sourire amène plissa mes lèvres tandis que j'essayais sans grand succès de me détendre. Si seulement je pouvais cesser d'écouter mon pouls battre à tout rompre, certainement je pourrais alors desserrer mes doigts entremêlés.

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Et si Dieu nous entendait [PV Juliet Abbott]

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