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 A vous que j'ai choisi [Berenice]

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Lauric de Vignoc

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MessageSujet: A vous que j'ai choisi [Berenice]   Sam 20 Sep - 16:15

Toutes les femmes étaient belles au Manoir des Délices. Toutes les femmes devaient se montrer faciles en échange d'un bon cachet. Pourtant, il n'était point question de facilités lorsque le breton fit cette requête au Manoir. Par l'entremise de Madame Hooper, il fit la demande d'une prostituée. Jusque là, rien d'atypique. Il la choisit en fonction de critères physiques qu'il eut sur l'instant. Il la voulait propre, la désirait douce. Il attendait d'elle de l'esprit et une certaine forme d'initiative, tout en restant dans les convenances de son statut et du sien. Le temps qu'il mit à choisir fût colossale. Autant de choix lui étaient proposés que sa fortune le lui permettait et à ce titre, toutes les filles étaient envisageables. Pour cette fille là, il était prêt à débourser des sommes infinies et ne supporterait pas d'être déçu. Bien qu'il la voulu bien faite, ceci n'avait guère d'importance quant à la finalité de sa demande. D'ailleurs, parmi les visages retenus, ce qui avait grandement limité le choix des belles élus fût leur capacité à tenir une correspondance. Bien que réputé moins avenantes et moins « éduquées » que les Délicieuses, le breton fit son choix parmi les ribaudes restantes. Il désirait une femme qui désirerait ses courriers par réconfort autant que par nécessité. Il voulait être attendu, espéré et lu comme il ne l'espérait plus d'aucune femme. A ce titre, le jeune Comte songea qu'une apprentie qui n'avait plus d'autres espoirs que celui de rester au Manoir, serait la plus réceptive à ses lettres. Elles seraient pour elle comme un souffle de liberté venu de l'extérieur... Et il en attendait tout autant de celle qui prendrait le temps de lui répondre.

Devenu client au sein de la maison close, il en avait pas moins oublié que si ses besoins physiques étaient repus l'espace d'une nuit, son besoin d'amour restait toujours sur le déclin. Se cacher derrière un masque, empêcher les jeunes catins de voir son corps meurtri suffisaient ! Il voulait désormais se montrer au grand jour, sans contrainte, sans souffrance, sans dégoût. De son large bureau de bois verni, il tira une large feuille de vélin et bien installé songea à ce que serait les premiers mots qu'il délivrerait à cette femme, l'élue de sa correspondance.

Pour que la première impression soit grandiose, il avait fait acheter une rose rouge et tout un écritoire en bois peint, incrusté de motifs nacrés. Sur le dessus de la boîte, il avait fait gravé « à vous que j'ai choisi ». La boîte était chargé d'encres, de vélins et de plumes de belles qualités... Si au départ, son cadeau n'avait été pensé que pour l'impressionner, maintenant qu'il le tenait entre ses doigts, son cœur se chargea d'une intense émotion à la pensée de ce que cette élue ressentirait pour son présent.


************************************

Dans l'après-midi, le paquet fût porté et préparé, selon les directives du breton, dans un des boudoirs du Manoir. Sur un bureau, devant un siège à demi-tiré, le luxueux écritoire fût posé. Dans sa serrure, la clé dorée y scintillait toujours, attendant la précieuse main qui viendrait enfin à en découvrir le contenu. Et au milieu de cette boîte scellée, enroulé sur lui-même reposait le message dans son écriture stricte et soignée près de la rose coupée. Dans cette petite pièce, il ne devait y avoir que Bérénice et cela durant deux heures pleines. Lauric eut été furieux qu'il en ait été autrement. Au terme de celles-ci, un messager viendrait prendre le fruit de sa réponse et l'apprentie serait libre de reprendre ses activités.


 "A vous que j'ai choisi,

Vous trouverez sur cette table, tout ce qui vous sera nécessaire pour répondre à ce courrier et aux suivants... Cet écritoire est à vous. Laissez-moi croire que vous aurez autant de plaisir à recevoir ce présent que j'en ai eu à vous l'offrir.

Durant les deux prochaines heures, vous êtes mienne et je ne réclame de vous que vos mots et votre tendresse. Profitez du parfum de cette rose, gage de mon désir de vous être agréable et songez à l'envie que j'ai de vous connaître, de vous découvrir, de vous aimer.

Par nos plumes, partageons l'extase, effleurons la passion... Je suis votre mystère, votre secret. Sans doute voulez-vous savoir qui je suis... et je tremble d'excitation à l'idée d'effleurer vos interrogations. Laissez-moi être la réponse sans avoir posé la question. Je suis un être fait de chair et de sang, un être rendu faible de vos charmes. Je suis un goût d'inconnu, une ébauche d'aventures. Emmenez-moi sur vos terres et je vous porterai sur les miennes.

Affectueusement,

L"

Seul dans sa chambre, le Comte s'enfiévrait de connaître la réponse de sa belle élue.


Dernière édition par Lauric de Vignoc le Lun 6 Avr - 19:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A vous que j'ai choisi [Berenice]   Dim 30 Nov - 21:05

« C’est vrai, Bérénice ? Tu as été demandée spécialement par un noble ? »

Les deux ribaudes, celle qui avait parlé et son amie, me regardaient d’un air mi amusé, mi envieux. Ma surprise dut se peindre sur mon visage tandis qu’elles comprenaient qu’elles n’obtiendraient pas de moi la réponse qu’elles attendaient.

« Comment cela pourrait-il être vrai ? Pourquoi un noble me préfèrerait-il entre toutes ? », m’étonnai-je à voix haute. Sur ce, nous retournâmes chacune à nos occupations et le soir ne tarda guère. Cette méprise, car ce ne pouvait être qu’une méprise, quitta vite mon esprit. Et y revint illico lorsque madame Hooper en personne vint me chercher pour honorer « une demande spéciale ». Etait-il possible que les deux ribaudes aient eu raison ? Dans ce cas, comment avaient-elles pu être au courant et pas moi ?
La gouvernante me conseilla de me préparer en vitesse, sans me donner plus de détails qu’un bref « je reviens te chercher dans vingt minutes ».

Le temps écoulé, c’est la tête toujours plein de questions que je la suivis dans les couloirs. Je savais que nous nous dirigions vers l’aile où trônait la bibliothèque, majestueux temple de papier et de cuir, doux refuge à mes yeux, mais je n’osai ouvrir la bouche. L’expérience avait commencé à tracer en moi ses sillons, plus ou moins facilement. Je ne voulais pas demander ce qui m’attendait, la réponse viendrait bien assez tôt, bonne ou mauvaise.


« Voilà », laissa tomber madame Hooper, en s’effaçant pour me laisser entrer dans une pièce qui m’était inconnue. « Dans deux heures, tu reprendras ton service normal. »
Sur ce, elle referma la porte, et je pus entendre la clé tourner dans la serrure ouvragée. Pourquoi m’enfermait-on dans un… bureau ? Ce n’était même pas une chambre. Et où se cachait donc mon client ? Selon toute apparence, j’étais seule, et de plus en plus décontenancée. J’osai à peine faire un pas de peur qu’une personne surgisse de nulle part.

Et puis il y avait ce petit coffret trônant sur la table en face de la porte, juste en face de moi. Je la rejoignis, lentement, hésitante.

Mes doigts effleurèrent le bois du secrétaire, s’y attardant. J’aimais ce contact, puissant et apaisant à la fois.


« A vous que j’ai choisi. » Instinctivement, j’avais murmuré les mots que mes yeux, fixant le coffret, venaient de déchiffrer. Et j’y répondis, comme si je n’étais pas seule, « moi ? »

Lentement, je tournai la petite clé dans la serrure, et en sortis le parchemin roulé et la rose, toujours presque tremblante, toujours perplexe, toujours pas convaincue que tout ceci m’était destiné. C’était si beau que ce ne pouvait être qu’un rêve. Le parfum délicat de la rose vint chatouiller mes narines, tandis que les mots couchés sur le papier se formaient aussi bien sur mes lèvres que dans mon esprit.

Sans plus réfléchir, mes esprits égarés, je m’assis et saisis la plume. Il me fallait au moins remercier ce gentilhomme. Et ce goût d’inconnu et de mystère n’était pas pour me déplaire, bien au contraire. C’était une impression étrange que de devoir m’adresser à un homme dont je ne savais rien, et qui semblait savoir tout de moi.
Depuis combien de temps avait-il porté son choix sur moi ? Pourquoi une relation épistolaire lorsque la plupart des hommes que j’avais connus se montraient plus qu’avides de chair ?

Je réfléchis longtemps avant de trouver la réponse que j’allais offrir à cet inconnu. Je n’avais de toute manière rien d’autre pour occuper mon esprit, et j’étais enfermée.



« Monsieur,

C’est avec grand plaisir que j’accepte vos présents, et tiens à vous adresser mes plus sincères remerciements. Vous me permettez de m’évader un moment, vous m’offrez un goût de liberté et d’inconnu dont j’ignorais avoir tant besoin. Peu m’importe qui vous êtes, sachez que je vous répondrai toujours avec bienveillance.

Permettez-moi toutefois de vous exprimer ma surprise quant à votre choix. J’ignore ce que vous attendez. Sachez que je me ferai une joie de répondre à vos attentes, quelles qu’elles soient.  

Nous verrons-nous un soir ? Vous n’avez qu’un mot à dire et je vous appartiens pour toutes les nuits que vous jugerez nécessaires.

Bérénice »


Le doute surgit lorsque je reposai la plume. Et si tout ceci n’était qu’un piège ? Et si derrière ces douces attentions se cachait un être ignoble ?
Tant pis… J’étais prête à prendre le risque.



Dernière édition par Bérénice de Millet le Lun 6 Avr - 18:05, édité 1 fois
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Lauric de Vignoc

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MessageSujet: Re: A vous que j'ai choisi [Berenice]   Sam 10 Jan - 14:41

Le Comte de Vignoc s'accrochait à la vie avec autant de hargne que celle-ci mettait à le faire souffrir. Redoublant de vigueur, refusant de s'avouer vaincu face au bonheur, à l'espoir d'être un jour aimé, cette correspondance eut pour lui, plus de valeur que le prestige de son rang. Ce n'était pas quelques lettres écrites pour occuper un instant d'ennui. Bien au contraire, il prenait grand soin à s'installer à son bureau et couchait son âme sur le papier. Lui, le monstre, le démon pouvait enfin parler à visage découvert, ce masque posé loin de lui.
Il pouvait vivre sans prétention. N'avait plus à se cacher derrière l'armure de sa noblesse et les crocs de sa triste existence. Chaque instant où il s'asseyait à ce bureau serait un moment de bonheur.

La nuit avait été longue, enfiévré par l'attente, le breton n'avait que peu dormi... Mais tous les rites matinaux s'étaient écoulés avec une énergie trépidante, à la fois fébrile et impatient. Par dix fois déjà, il avait guetté les extérieurs, scrutant la cour centrale et l'arrivée du messager qui porterait la réponse de Louise. Il s'arrêta un instant contre cette fenêtre, resongeant à sa peau blanche, à ses cheveux bouclés, sa bouche tendre, ses yeux doux. Lorsqu'un homme se présenta à la porte, il se retînt de chambouler ses habitudes pour se ruer en bas des escaliers... mais malgré l'impatience presque douloureuse que lui infligeaient ses dernières secondes à attendre le courrier, il attendit calmement que l'on vienne déposer la lettre au centre de son bureau. Le serviteur, pourtant empressé de quitter la même pièce que son maître, ne sembla pas aller assez vite puisque le breton fit quelques pas vifs en direction de l'homme pour l'effrayer et le faire fuir à toutes jambes.

Il claqua la porte derrière lui et en ferma le loquet. Ces instants où il dégraferait la lettre comme on dénude une femme ne serait qu'à lui. Il s'installa dans son fauteuil et ouvrit le pli pour en caresser les mots. Il fût heureux que ses présents ne lui aient pas été renvoyés comme si elle avait déjà deviné quel être souillé les lui avait fait offrir. Il lu et relu le courrier pour en peser tous les mots, son cœur s'émerveillant de la voir prompte à de nouveaux courriers. Néanmoins, il voulu s'assurer que ce geste n'était pas incompris... car sans ne s'être jamais vu, elle s'offrait déjà à lui. Avait-il besoin d'une prostituée ? Non. Avait-il besoin de Louise ? Oui.

Il avait déjà raturé plusieurs velins, jugeant que la calligraphie de ses lettres n'étaient pas impeccables et chiffonner plusieurs tentatives. Finalement, les mots s'écoulèrent sans tarir.


"A vous que j'ai choisi,

Bérénice, vous avez volé mon sommeil, détourné mes songes vers le besoin de froisser votre réponse entre mes doigts. Je n'ai pas attendu votre lettre, je l'ai désiré, espéré...

Je suis heureux que vous ressentiez ce goût de liberté et d'inconnu, car je sais ce qu'il en est de vivre dans un monde qui vous brise de ses barreaux. Je me fais le gage de porter la clé de votre prison à mon cou et vous fait présent de la mienne. Votre bienveillance en a déjà ouvert le cadenas et je respire ce matin, comme jamais je n'avais respiré auparavant.

Je conçois que ma première lettre vous ait laissé quelque peu perplexe quant à mes attentes. Si nous devons nous plaire, je veux que cela le soit d'abord par des mots... Ne soufflez plus sur cette braise qui tend à vous faire croire que je ne suis qu'un homme cherchant votre obéissance. J'attends de vous que vous soyez une femme... j'attends de vous que vous oubliez la fille de plaisir. Ce courrier n'est soumis à aucune règle de bienséance, à aucune volonté de restrictions... Vous êtes libre. Libre d'y inscrire votre peine, libre d'y faire saigner votre plume de colère, libre d'y glisser vos rires. Voilà ce que sont mes attentes. Je ne veux que Bérénice et nulle autre.

Ainsi, êtes vous une femme curieuse ? Je désirerai plus que tout vous parler de vive voix mais toute rencontre serait prématurée. Vous n'êtes pas prête et je ne le suis pas non plus.

Dans l'attente de ce moment, me feriez vous un cadeau ? Je serai honoré que vous consentiez, dans notre prochain échange, à m'offrir un mouchoir glorifié de votre fragrance. Porté près du cœur, il m'apportera le réconfort de votre présence.

Affectueusement,

L"

La lettre s'envola presque aussi vite qu'elle eut été arrivé.

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MessageSujet: Re: A vous que j'ai choisi [Berenice]   Mer 15 Avr - 20:24

Etendue à plat ventre sur mon lit, mes yeux suivaient la course lente de l’aube qui s’infiltrait légèrement dans le dortoir en dépit des rideaux tirés. La fin de la nuit n’avait pas été de tout repos.

Mes deux heures de répit passées, un domestique envoyé par madame Hooper était venu me libérer du bureau. J’étais soulagée que ce ne fût pas elle en personne. Ainsi, j’ai pu quitter la pièce en emportant le coffret et son contenu, qui m’étaient destinés.
Je n’aurais pu éviter aucune question face à madame Hooper, mais face à un domestique, c’était différent. Peut-être était-ce dû à mon histoire ? Avant, il y a longtemps… Les domestiques me traitaient en maîtresse, la belle demeure était à moi, je n’avais pas à la partager… Jusqu’à ce qu’une domestique me prit ma place… Je n’ai plus jamais vu le monde de la même façon, ensuite.

Je caressais du bout des doigts le bois du coffret rangé sous mon lit.
Après avoir répondu de mon mieux, j’étais revenue dans le dortoir sous prétexte de me rafraîchir un instant, et avais caché le précieux coffret. J’attirais déjà des regards méfiants à partir de bruits de couloir, qu’en serait-il si mes collègues voyaient que les présents étaient réels ?
Il m’avait fallu ensuite aller satisfaire les clients, comme chacun et chacune en ces lieux ; mon activité habituelle, en somme. Malheureusement pour moi, ce soir-là ils ne s’étaient pas montrés très tendres. Les fessées étaient une chose, le fouet en était une autre. Je n’avais pas le droit de refuser ce pour quoi le client avait payé. En l’occurrence, il m’avait payée pour utiliser la chambre Crimes et châtiments, et utiliser les instruments qui étaient fournis avec. A chaque claquement de fouet, à chaque coup reçu, à chaque cri refoulé, l’idée que je me rapprochais un peu plus de ma liberté s’ancrait en moi.

A présent baignée et soignée à l’aide d’onguents, ma pensée vagabondait. A la faveur de l’aube et du sommeil de mes compagnes de dortoir, je ressortis la lettre de son écrin boisé. Qui était l’expéditeur de ces lettres ? L’avais-je déjà rencontré ? Pouvait-il se montrer si mystérieux à l’écrit, mais être un de ces monstres irrespectueux en réalité ? Pouvait-il m’être un allié ? Seule sa prochaine réponse me l’apprendrait.
Et celle-ci ne tarda pas à arriver puisque, dès le soir, madame Hooper vint me chercher, et m’enfermer dans la même pièce que la veille, m’ordonnant d’emporter mon écritoire. Elle était donc au courant. J’en déduisis que ce mystérieux client devait avoir une grande influence, être riche ou ami de la maison.

La réponse m’attendait, roulée sur le bureau. Mes mains fébriles en brisèrent le cachet, et ce que j’y lus fit battre mon cœur un peu plus vite.


«  Monsieur,

Permettez-moi une nouvelle fois de vous remercier pour vos attentions. Je ne pense pas en mériter tant.

Que puis-je vous dévoiler de moi ?

Je suis jeune, mais j’ai un passé riche ; un passé qui me manque sans m’empêcher de m’ouvrir à l’aventure de l’avenir. Je n’ose penser à ce que la vie nous réserve encore lorsque je vois ce qu’elle avait déjà programmé. Sans doute m’êtes-vous un présent que la vie me fait pour s’excuser de ce qu’elle m’a fait subir ? Suis-je également un présent pour vous ? Vos mots me poussent à le croire. Ils me rappellent le temps béni, le temps d’avant, celui où mes principales occupations étaient la lecture et l’écriture. Aujourd’hui il en est autrement.

Vous désirez connaître la femme au-delà de la prostituée ; m’est avis que vous la deviniez déjà. Vous lui offrez ce dont elle avait besoin : une relation épistolaire, une feuille pour coucher son âme, une plume pour étancher ses larmes.
Est-ce un hasard qui vous a fait choisir, entre toutes, la femme qui doutait de ses charmes et se voit à présent contrainte d’en jouer et de les vendre ?

Je respecterai vos désirs et vous rencontrerai lorsque vous le jugerez nécessaire. J’attends avec une impatience non dissimulée notre prochain échange.

Bérénice »

Je n’ajoutai pas un mot à propos de la faveur demandée. Mais, dans la lettre repliée, je n’oubliai pas de glisser le carré de tissu blanc brodé à mes initiales qui avait été porté dans ma manche.
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Lauric de Vignoc

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MessageSujet: Re: A vous que j'ai choisi [Berenice]   Sam 9 Mai - 11:15

Si la Comtesse de Vignoc ne voyait, au début , pas cette relation épistolaire d'un très bon œil. Elle s'en lavait les mains aujourd'hui et ne chercha nullement à freiner l'arrivée des lettres jusqu'à son fils. Ce matin, ce fût elle-même qui la lui porta. Reçu plus respectueusement que si elle avait été un serviteur, elle n'en fut pas moins rapidement congédiée. La Comtesse s’exécuta sans le reprendre. Son fils se tenait tranquille dans sa chambre depuis que cette correspondance avait débuté et c'est tout ce qui comptait. Il ne la provoquait plus, ne fuguait plus malgré ses avertissements et se contentait d'attendre dans l'antichambre que le courrier arrive. Il était devenu facile à surveiller, facile à contenir. Il y avait malgré tout, quelque chose qu'elle ne lui avait jamais connu, et que sa courte entrevue n'avait pourtant pu lui cacher : ses yeux s'étaient allumés. Quelque chose vivait à nouveau en lui. Un espoir qui lui coûterait cher ! Une désillusion qui finirait de l'achever... Elle devrait veiller à ce que ce fantasme dure aussi longtemps que nécessaire car si Lauric mourrait de ce triste retour à la réalité, elle n'aurait plus de pression pour la gouvernance des terres de Vignoc et rien n'empêcherait son nouvel époux de l'exiler définitivement à Paris, condamnation qu'elle ne pourrait supporter.

Lauric n'avait plus désormais que deux grandes occupations : attendre et écrire. L'une étant liée à l'autre. Cette nuit, il avait fait un rêve particulièrement fort : libéré de cette maladie qui le défigurait, comme miraculeusement guéri, il avait rencontré Bérénice, sans peur de rejet. Ce qu'elle avait écrit dans sa précédente lettre l'avait beaucoup fait réfléchir. Il en avait eu tellement envie que tous ses espoirs s'étaient matérialisés dans ce songe. Et bien que ce ne fût pas la première fois qu'il rêva de voir son corps semblable à celui de ses confrères bien-portant, celui-ci avait la force émotive de le porter dans la réalité. Il fallait néanmoins qu'il se fasse une raison, cela n'était pas prêt d'arriver. Et pour rien au monde, il ne briserait ce qui était en train de naître en lui en voulant précipiter les choses !

Comme à l'accoutumé, il s'installa à son bureau, lettre en main. Il tâta un instant le papier pour sentir le carré de tissu se dessiner sous les plis. Elle avait consenti à ce cadeau et le Comte senti un grand bonheur en dégrafant la lettre. Il caressa les broderies d'une légère pression du pouce et porta le bout de tissu blanc à hauteur de nez, inspirant le parfum, jusqu'à s'imaginer près d'elle. Le tissu fût délicatement reposé à côté de son écritoire. Il était temps de lire la réponse qu'elle lui avait adressé et de lui répondre sans attendre.



«  A vous que j'ai choisi,

Bérénice, vous méritez bien plus que tout ce que je pourrais vous apporter.
Vous êtes une femme pleine d'espérances et je vous encourage à poursuivre vers vos aspirations futures. Vous avez été privé de votre identité -et croyez-bien que je sais ce que l'on ressent- mais vous n'êtes pas dans un état définitif et j'ai bon espoir pour vous que vous trouviez comment échapper à cette vie que l'on vous impose. Si aujourd'hui, l'on décide pour vous, demain vous serez celle qui a le dernier mot.

Vous êtes bien plus qu'un présent à mes yeux. J'ai attendu de pouvoir parler librement à quelqu'un durant des années. J'ai rêvé d'avoir une oreille attentive, un cœur tendre qui saurait comment révéler le meilleure de ma personne. Car on m'a donné bien des noms et aucun n'a jamais été très flatteur. N'idéaliser donc pas l'homme que je suis, vous en seriez déçue mais au contraire aidez-moi à vous plaire.

Si je vous ais choisi, c'est avant-tout pour ce que vous m'inspiriez, pour votre distinction, votre grande élégance et pourtant ce naturel si simple. Il émanait de votre visage une intelligence sur les choses, une capacité d'analyse et de compréhension, une soif de connaître fabuleuse. Je n'aurai pu porter mon choix sur une autre que vous. Aujourd'hui, je sais que vous n'êtes pas seulement cela et je veux en connaître toujours plus.

Ce mouchoir dont vous m'avez honoré, prend désormais place dans les plus précieux de mes biens. Et vous, Bérénice, ne quitterez plus mes pensées.

Affectueusement.

L "

Une fois relue, la lettre fût close et avant de transmettre son courrier à l'un des serviteurs, Lauric respira une dernière fois le carré de tissu avant d'aller l'enfermer à double-tour dans son coffre. Personne ne devait toucher à cette part de Bérénice sous peine de déclencher une profonde colère.

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MessageSujet: Re: A vous que j'ai choisi [Berenice]   Sam 15 Aoû - 12:51

Mon cœur battait un peu plus fort que d’ordinaire lorsque je refermai la porte du cabinet que je commençais à bien connaître. Instantanément, je me sentais bien. Mieux. Je savais que j’y serais seule. C’était comme retrouver un havre de paix, prendre une bouffée d’air frais. Mon regard s’attardait sur les boiseries finement travaillées sur les murs, sur le plafond. Deux heures, deux heures pleines s’offraient à moi. Deux heures durant lesquelles je n’aurais pour seule compagnie que mon esprit, un papier, une plume.

Déposant sur le bureau le paquet soigneusement emballé de tissu que je tenais, j’en dévoilai sans hâte  l’écritoire qui m’avait été offert quelques jours plus tôt. Mes gestes étaient calculés, mesurées. Je ne voulais pas me jeter sur la lettre qui m’attendait sagement, cachetée du L bien connu. Je ne voulais pas me précipiter, mais au contraire prendre mon temps. Savourer. Qui pouvait dire ce que recelaient aujourd’hui ces mots tracés par mon confident inconnu ? Qui pouvait dire si les mots aujourd’hui ne seraient pas blessants ? Qui pouvait dire si tout n’était pas qu’un rêve qui allait s’achever ?
Cette crainte, je l’avais déjà eue, et pensais l’avoir balayée de mes pensées. Mais, pour un esprit maintes fois blessé et trahi comme le mien, c’était à croire que les douleurs lui revenaient pour un rien. Signe qu’elles n’étaient jamais bien loin. Cœur blessé, confiance ébranlée.

Les doigts tremblants, il s’agissait de ne plus penser. Et soudain, mes larmes se sont mises à perler. Car j’ai ouvert la lettre. Ce que mon mystérieux expéditeur y confiait m’est allé droit au cœur.
J’ai dû attendre quelques minutes, que l’émotion s’estompe. Dans le même temps, une bouffée de reconnaissance, telle que je n’en avais pas encore ressentie avec les quelques lettres échangées, m’envahit. Je décidai de me livrer davantage. Cet homme devait être un ange. Mon ange gardien.

Remarquera-t-il la différence de mon ton ?


« Cher ami,

Savez-vous combien vos mots vont droit à mon cœur ? Avez-vous tout calculé ? Avez-vous tout deviné ?

Cette relation épistolaire peut paraître bien dérisoire à des yeux inexpérimentés, mais elle m’apporte tant ; vous m’apportez beaucoup, ne serait-ce qu’un peu d’exercice pour mon imagination. Pourquoi ne dois-je pas vous idéaliser ? Vous répondez à toutes mes attentes, à tous mes espoirs, alors je ne puis m’empêcher de penser à vous positivement.

Je regrette de ne pouvoir vous offrir plus qu’une part de mon âme matérialisée par de l’encre.

Je ne vous connais pas mais tous vos mots, toutes vos lettres me donnent envie de vous rencontrer. J’espère que ce jour viendra bientôt. Car j’ai l’étrange impression que vous me connaissez, mais que j’ignore encore tout de vous.

Habitez-vous loin de moi ? Je n’aimerais pas vous savoir loin.

Que faites-vous lorsque vous n’écrivez pas ? Lisez-vous volontiers ?
Je suis heureuse que le couple Boldwin laisse accéder librement le personnel à la bibliothèque, en récompense du travail bien fait. Ainsi, je m’évade régulièrement à travers les pages et les couvertures de cuir. Êtes-vous déjà venu dans la bibliothèque du Manoir ? C’est un endroit qui semble ne pas appartenir au reste de la demeure. Le silence y est d’or, l’on n’ose y parler à voix haute. Dans tous les cas, je n’y viens que seule. Mais pour vous, je serai ravie de faire une exception.

C’est la bibliothèque que j’aurais aimé avoir. Les ouvrages recouvrent les murs, une échelle aide à atteindre les plus hauts placés. Une fois son trésor trouvé, on peut s’installer dans des fauteuils ou des sofas. Je préfère m’asseoir près de la fenêtre. Ainsi, la transition lorsque je relève la tête des pages me semble plus douce, car j’aime également me perdre dans la nature.

Votre, jusqu’à notre prochain échange,
Bérénice. »

Au fur et à mesure de mes venues dans ce cabinet de travail, je commençais à retrouver l’habitude d’écrire. Si bien que ma lettre était prête à partir avant la fin des deux heures accordées. Un petit laps de temps, rien qu’à moi, jusqu’à ce qu’un domestique vienne ouvrir la porte, me renvoyer à mes devoirs, et porter mes mots dans le vent. Un petit laps de temps jusqu’à la prochaine fois. En attendant le retour à la réalité, je me pris à me laisser aller dans le fauteuil où j’étais assise, à caler ma tête contre le haut du dossier. Ainsi installée, je n’eus plus qu’à fermer les yeux et laisser mon imagination vagabonder. L’odeur du bois, la douceur de l’étoffe, et la forme de la rose, désormais sèche, entre mes mains, je n’avais plus beaucoup d’effort à faire pour me croire revenue dans le passé, pour retrouver celle que j’étais, qui croyais à sa grandeur, à sa noblesse, et qui a chuté par un mauvais tour du destin.
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Lauric de Vignoc

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MessageSujet: Re: A vous que j'ai choisi [Berenice]   Mar 8 Sep - 17:01

Lauric souriait. Ça ne lui était pas arrivé depuis très longtemps. Cela faisait mal également... la contraction de ses mâchoires venant étirer les multiples stries desséchées de ses joues, causaient d'importants tiraillements sur l'épiderme trop sollicité. Mais le comte était habitué à cette souffrance quotidienne. D'habitude, il la portait en silence... mais ce matin, son poids était devenu léger.

Une lettre était arrivée. Une lettre de SA belle Bérénice comme il aimait à l'appeler lorsque se sachant seul, il en rêvait. Il savait qu'il l'avait trop peu vu pour s'en faire une image précise mais peu importe, elle était parfaite. Il la désirait parfaite alors elle l'était. Son esprit avait fait tout le travail pour se construire son délicieux caprice.
Si dans les lettres, il restait princier, respectant les convenances... il se sentait investi d'une énergie continue, celle d'un enfant trop actif qui redécouvre la beauté des choses. Il était en ébullition à chaque instant où il pensait à elle. Était-ce cela l'amour ? Ce sentiment que son état avait proscrit... pouvait-il aimer une femme par ses mots ? Sans la toucher ? Sans la voir ? Qu'était-ce alors que ce sentiment de béatitude, d'ivresse qui le réconfortait les nuits de fortes crises ? Assis au bord de son lit, à retenir la douleur, suintant d'une sueur nécrosée, il tenait bon en pensant à la douceur que serait cette nouvelle journée si une lettre lui parvenait. Il avait enfin trouver une médication qui lui convenait : la correspondance de Bérénice.

Ce matin lorsqu'il s'attabla à son bureau. Il était souffrant, sa peau le brûlait encore d'un feu qui ne trouvait pas de fin sous sa chemise légère. Plus fatigué que les autres jours, il ouvrit avec rapidité et soin cette nouvelle lettre. Son cœur jubilait d'en découvrir la réponse. Et celle-ci le fit autant frémir de liesse que d'amertume. Pourquoi ne devait-elle pas l'idéaliser ? Parce qu'il n'était qu'un corps aigri, dépossédé de toute beauté, parce que ce matin plus qu'aucun autre, alors qu'il saisit la plume pour lui répondre et que son corps lui fit payer ce mouvement, il réalisa à quel point ce rêve était une illusion aussi vitale que dénué de sens, à quel point Bérénice ne pouvait lui appartenir. A quel point elle ne s'épanouirait jamais dans son monde de ténèbres.



« A vous que j'ai choisi,

Belle Bérénice, s'il est une chose qui sait tout de vous alors mon cœur ne cesse de le chercher. Je voudrais être face à vous en ce moment même, je voudrai vous voir dans les moments les plus anodins... ceux dont on oublie qu'ils nous rattache à notre vie. J'aimerai vous offrir ces instants et bien plus... mais je ne suis que moi, et cet être là ne sait pas attendrir l'existence. Je vous en conjure Bérénice, croyez-moi lorsque je vous assure n'être l'homme de personne.

Ce que vous m'offrez est bien plus que ce que en quoi j'aurai pu croire. Vous m'avez redonné un sourire jadis perdu... vous m'avez donné une raison de rêver... de tenir bon... de rester debout. Votre force intérieure m'est parvenue de vos lettres, elle m'a frappé au cœur avec tant d'ardeur qu'il m'est impossible de songer à vous en effacer. Vous êtes mon échappatoire, mon renouveau.

Je suis présentement à Paris pour un temps indéterminé... mais je ne vis pas ici. Des terres verdoyantes ont accueillies ma venue au monde. J'ai beaucoup lu en effet... je dirai que cela fût même l'activité principale de ma vie... et pour vous répondre, je n'ai jamais été dans la bibliothèque du Manoir. J'ignorais jusqu'à cet instant, qu'il en possédait une. Je vous y devine épanouie, les yeux perlés d'étoiles... si belle, rêveuse dans vos lectures. J'aimerai que votre voix me parvienne, j'aimerai vous entendre lire... mais le sort nous éloigne et je ne pourrai franchir cette porte avec vous. Mon cœur se brise de devoir vous écrire ses mots... Moi qui aimerait tant vous toucher.

Voudriez-vous jouer à un jeu avec moi ? S'il est trop tôt pour nous voir, je ne vous interdis pas de mieux me connaître. Laissez-moi donc défiez votre esprit de déduction...
Si mes instructions ont été suivies, vous êtes actuellement dans la bibliothèque où j'ai demandé à ce que l'on cache une série d'objet. Il y en a trois. Et j'ai acheté quatre heures de votre temps. Plus vous tarderez à les trouver et plus d'autres personnes pourront tomber dessus par hasard.

Votre quête commence avec l'ouvrage des 'Songes Imparfaits', un carnet de poésie qui a dû vous être remis. Il vous conduira à trois nouveaux livres. Vous saurez que vous possédez le bon recueil par le L que vous trouverez signé sur la première page. Leur lecture vous indiquera l'emplacement de chaque objet.

Dites-moi quels objets vous avez trouvé et je vous parlerais en conséquence.
En vous souhaitant une belle aventure,

Affectueusement,

L »

La lettre avait tardé à parvenir à Bérénice. Il avait fallu organiser tout ce petit manège. Lauric avait relevé la difficulté de la distance en s'assurant le bon déroulement du jeu par des pièces d'or et une lettre de recommandation envoyée au couple Boldwin. Il devait leur paraître un client bien loufoque mais peu importe, il payait et il voulait le service impeccable. Bérénice devait s'amuser... Elle devait pendant 4 heures, oublier totalement sa condition de prostituée pour s'inventer une vie d'aventurière décortiquant quelques ouvrages pour retrouver 3 trésors.

Un Louis d'or, une peau d'hermine blanche et un masque -sans doute le plus difficile à trouver- avaient été caché dans la vaste bibliothèque. Il lui faudrait grimper, se coucher au sol mais surtout lire les pages des recueils annotés pour espérer trouver tous les articles dissimulés. Sa prochaine lettre serait le gage de son résultat et de sa récompense.

Bérénice était désormais seule face au jeu... et il regrettait de ne pouvoir être là pour la suivre dans son avancée. Il avait mit de l'énergie et du cœur dans cette activité... Ne voulant pas que celle pour qui son cœur s'emballait de plus en plus, ne se lasse de ce fantôme.

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A vous que j'ai choisi [Berenice]

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